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Dimanche 05 Octobre 2014

Jour J : Départ pour Antananarivo.
Retrouvez-moi très vite pour les premiers carnets de route en direct de Madagascar...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 09 Octobre 2014

J + 4 Antananarivo


Manao ahoana ! Non ce n’est pas une île de l’Océan Indien, ça veut dire bonjour, ne commence pas ok ?
Me voici donc à Antananarivo ou plutôt Tana car vous verrez les raccourcis sont utiles dans ce pays où le moindre nom de famille ou nom propre requiert  une extrême concentration à la prononciation. Le cyber dans lequel je me trouve est face au marché de « petite vitesse » (cf photos), aucun rapport bien sûr avec cette bécane survitaminée et cette connexion de folie qui, si tout va bien, devrait me permettre d’envoyer ce carnet d’ici 4 ou 5h ;-) Et oui les amis, on est au pays du « mora mora », doucement, doucement. Alors on va prendre le temps.
Mes premières impressions de Tana se sont faites à bord d‘une R5 hors d’âge. Moteur éteint, se faufilant entre les trous béants et charrettes à bras, d’un « crruuick » à  un « blaââm », je glissais dans la nuit tanique (non ça se dit pas), ville sans lumière aux allures de village géant.
L’image de carte postale d’une Tanalywood au soleil couchant est bien trompeuse. Les jaracandas en fleurs ont peine à couvrir les odeurs des tas d’immondices qui traînent ici et là et surtout partout. Pas très écolo dis-donc. Bah ouais, comme dans de nombreux pays en voie de développement (là encore l’appellation est trompeuse), l’écologie n’est pas une priorité. Ventre affamé n’a point d’oreille.
Oui c’est pauvre ou plutôt extrêmement pauvre. De nombreux enfants vivent dans la rue. Ils s’amusent parfois à dévaler les pentes des parcs/dépotoirs sur des bouts de carton. Le reste du temps, je suppose qu’ils font leur possible pour survivre. Vous verrez peu ou pas de photos de ces enfants ici, je n’ai pas le cœur ou l’indélicatesse de figer ces instants. Ils me figent assez. De toute façon, c’est impossible à imaginer et encore je n’ai pas été dans les bidonvilles pour le moment.
On se sent tellement impuissant face à tant de misère. A cela s’ajoute un problème récurrent aussi aux pays pauvres : la corruption. Elle a cours à toutes les échelles, de la femme de chambre aux dirigeants et je mesure chaque jour à quel point c’est LE problème de ce pays. Je ne juge pas, j’observe et cherche à comprendre. [petit aparté avec  Hasina, cybervoisine, qui me disait que j’écrivais beaucoup et me confirme à demi-mots que les gens en ville sont rusés pour ne pas dire malhonnêtes et que l’aide est plus prolifique en campagne. C’est bien mon avis mais je ne peux pas voyager avec 50kg alors je vais essayer de trouver des gens honnêtes sur Tana, en espérant que ce ne soit pas aussi compliqué que de trouver un parisien souriant dans le métro ;-)]
Cette petite amertume que tu perçois je suis sûr (on se tutoie toujours hein ?) me vient de mon expédition rentrée scolaire d’hier. Avec Schkroumpf, on avait pourtant tout bien préparé. Au passage, merci de nouveau à toutes et ceux qui ont contribué à cette petite action. Donc, après avoir pris contact avec la chef du service éducation, qu’on pourrait quasiment assimiler au recteur, nous sommes partis avec le directeur d’une école qui avait grand besoin du matériel que je proposais. Sauf que, l’école est neuve, dans un beau quartier, et les élèves n’étaient pas encore rentrés. Je me suis par conséquent senti un peu con, voire chocolat. Bon a priori, ces élèves qui dépendent de l’école publique ont tout de même de réels besoins et je vais m’en assurer de toute façon en retournant dans cette école pour vérifier que le matériel leur a bien été remis. Je pense sincèrement que oui. Il faut dire que l’école a été construite par un député en campagne alors l’enveloppe peut être belle mais vide... Je m’en veux qu’elle ne soit pas aussi pertinente que je l’espérais mais quoiqu’il en soit ce matériel est plus utile ici qu’en France, c’est évident. Il me reste encore du matériel médical, quelques ballons de hand et des nounours à distribuer. Quelque chose me dit que je devrais aller voir le Père-Noël avec ces beaux joujoux… Affaire à suivre ;-)

 

Samedi 11 Octobre 2014

J+6 Tana – Madajazzcar la musique est capitale


Durant cette semaine passée dans la capitale, j’ai eu la chance de pouvoir assister à de nombreux concerts de qualité qui se déroulaient dans le cadre du festival annuel de rencontres jazz : Madajazzcar. Le premier auquel j’ai assisté se tenait à l’hôtel Carlton (comme le cousin de Will, « Yo Jazz ! »). La course en taxi qui m’a conduit dans ce 5* m’a violemment fait grimper toutes les strates de l’échelle sociale malgache. Au milieu de la route défoncée, des gens piochaient directement dans d’énormes  bennes à ordures qui semblaient figurer un nouveau sens giratoire. Plus loin, les égouts refluaient dans une rue voisine. C’est donc dans ma gondole à quatre ailes que je suis parvenu dans le monde civilisé, propre et gloussant des gens riches. Soirée de gala avec la jet set antananariviennoise. Passé mon malaise, j’ai pu apprécier un concert bien relevé avec de très bons musiciens. Le jeu en valait les poubelles, comme on dit par ici.
2 jours plus tard, j’ai découvert une belle association franco-malgache : Gabrielle Koehlhoeffer. Contrebassiste aussi jolie que talentueuse, elle rappellera sans doute aux initiés une certaine Gabriella guitariste (n’est-ce pas Mr+ ?).


[Et là tu te dis « oui, alors déjà la référence à Will Smith, je vois pas l’intérêt et v’là qu’il fait des références perso à un Mr+ qu’on sait même pas kikiksé ! » A ça, je te réponds du tic au tac que :
1/ Je passe des heures interminables et fastidieuses pour mettre en ligne ces carnets (surtout les photos) et donc : je dis késkejveux sur kicékjveux ok ? Et saches que ce passage en langage orthopédique sera très apprécié des scolaires. Je te le dis texto.
2. Puisque tu veux tout savoir, Mr + n’est autre que Mr Emmanuel Germain résidant à Roville devant Bayon 54290 qui est tout à fait habilité à  recevoir tout courrier de contestation ou menaces physiques de ta part.
Ceci étant dit, reprenons.]

Cet imposant bâtiment qui se cache derrière un banc de poissons n’est autre que la mairie d’Antananarivo. Elle trône au milieu de la célèbre Avenue de l’Indépendance, à qui les jaracandas offrent le violet pour compléter la palette de couleurs de ses étals bigarrés. Autre incontournable de Tana, le Rova ou palais de la reine, coiffe la plus haute colline de la ville. Cette résidence royale fut le siège du pouvoir merina jusque l’arrivée des Français en 1895. A la fin du XVIIIème siècle, le groupe des merina devient le plus important et va donc dominer pendant près d’un siècle. Aujourd’hui, Madagascar compte 18 ethnies qui bien sûr ont chacune leurs spécificités, leurs croyances, leurs fêtes. Nous les découvrirons en chemin. Reconstruit après l’incendie de 1995, le palais attend toujours d’être ouvert au public. Heureusement qu’il y a des vosgiens pour aller voir l’intérieur !
Lorsqu’on s’échappe un peu de Tana, on tombe vite et avec bonheur dans un océan de rizières. En lisière de cette mise au green, on s’initie au bord des routes à un Tetris musclé, oui je sais ma vanne casse pas des briques mais bon.
Aller je te laisse, je dois boucler mon baluchon pour prendre la route demain. Avant de plonger vers le sud, je vous propose dans le prochain carnet d’aller rendre visite à un « Bon Ami ».

 

 

Mardi 14 Octobre 2014

J+9 Akamasao, « le Bon Ami »


Quand j’ai dit aux gens avec qui je discutais samedi soir : « il faut que j’y aille, je me lève tôt pour aller à la messe demain », forcément j’ai eu droit à quelques regards de makis catta °-°

Akamasao ne se situe qu’à 10 km de Tana. Ce qui équivaut à 2h en busfourgonette, tant la capitale est congestionnée par les bouchons. En chemin, je m’aperçois qu’à Tanarivo, le dimanche c’est pas jour de mariage mais cela y ressemble. Les gens sont tirés à quatre épingles. Certes, certains diraient plutôt endimanchés mais je dirais : classes et fiers. En tout état de cause, je ne suis pas seul à aller à la messe aujourd’hui. Il y a même 2 offices qui durent chacun de 2 à 3h !


Qu’est-ce qu’Akamasao me diras-tu ? Laissons parler son fondateur, le Père Pedro : « Partout ce sont les riches qui surplombent les villes. Ici, ce sont les plus pauvres. » Voilà qui résume déjà un peu la vision et le combat de cet homme hors du commun, grande figure de l’action humanitaire à Madagascar. En 1989, il découvre les conditions d’extrême pauvreté des gens qui habitent les décharges de la capitale. Fort de son franc-parler, de son esprit pratique et de l’intensité de ses convictions, il parvient en une quinzaine d’années à construire une véritable ville dans la ville, mieux organisée et plus propre que la majorité des localités du pays. A ce jour, Akamasoa qui fêtera dimanche ses 25 ans, compte 15000 habitants, scolarise plus de 10000 enfants et fournit du travail à 2600 personnes. Sans oublier les maternités, l’hôpital, les équipements sportifs et les ateliers… Remarquable !

En pénétrant dans l’église, qui ressemble plus au gymnase de Cornimont qu’au Sacré Cœur, j’ai été submergé par une vague d’émotion. Du chœur au cœur, le chant de milliers d’enfants me transporte, emporte mon âme et la fait virevolter entre les colonnes de cette église en fête. Quelle beauté, quel Amour et quelle communion ! Si la messe était comme celle-ci en Europe, j’irais beaucoup plus souvent ! Je sais déjà que ce sera un temps fort de ce voyage à Mada. Le Père Pedro n’est pas là pour l’apparat. Pas de doute, il est animé par une grande foi et une grande force. Quel Homme !

Au passage, ne voyez aucun prosélytisme ici, je ne me réclame moi-même d’aucune religion précise si ce n’est des valeurs communes à toutes, qui se résument à aimer son prochain et à croire en lui. Voilà ma foi ma foi. [T’as vu, on dirait du malgache, je progresse non ?!]

 

J’ai profité de cette deuxième visite à Akamasoa pour remettre le matériel médical (ici la liste) au Dr Andrianarison, responsable du centre de santé. J’avais aussi pensé à ramener un copain pour le petit malade que j’avais déjà visité deux jours auparavant. Il s’appelle Nantenaina, a 15 ans et comme vous pouvez le voir porte beaucoup de calme et de gentillesse en lui. Il a eu la lourde responsabilité de baptiser et d’accueillir la mascotte qui réconfortera dorénavant les enfants malades du centre : bienvenue à Nika ;-)

J’ai longuement sillonné les ruelles d’Akamasoa à la rencontre des petits et grands de cette communauté. Tout n’est pas parfait bien sûr. Certains ne s’impliquent pas et préfèrent demander à se faire offrir un verre de whisky au vazaha de passage (désigne un étranger blanc, se prononce vaza). « Whisky vaza’ ! » Vas-y vaza’ ! Vous vous rappelez de cette incroyable pub pour des biscottes ?
Néanmoins, dans l’ensemble, le résultat est tout de même extrêmement positif et la plupart des habitants jouent le jeu. Comme le Père Pedro le soulignait pendant son office : « Ici, comme au royaume de Dieu, on prend tout le monde, les bons et les mauvais. Et qui, peut prétendre dire : moi je suis bon ? »

On se retrouve bientôt, et un pousse-pousse au Sud.

 

 

Vendredi 17 Octobre 2014

J+12 Antsirabe - Du pousse-pousse au boom-boom


« Pousse-pousse ! » Gling-gling. « Monsieur ! ». Kling. « Combat de coqs ». Dring. « Tout à l’heure hein ?! » Cette ville thermale qu’on surnomme « La Vichy malgache » est aussi reposante que Contrexéville est dynamique. Pourtant, on est en altitude et le climat est agréable, les rues sont assez belles sous le couvert des magnifiques jaracandas …  Tout cela est sans compter sur le gang des pousse-pousse ! On n’annonce même pas de chiffre mais il y en a des centaines. Impossible de les manquer. Impossible d’y échapper. Il est vrai que c’est parfois exaspérant de devoir refuser poliment sur 1km une vingtaine de propositions mais ces hommes essayent tout simplement de gagner leur vie ou leur survie. Il y a essentiellement 2 types de posy-posy ici, ceux tirés par des hommes à pieds et la plupart du temps pieds nus et les cyclo-pousses. Bien souvent, les conducteurs de pouss’ ne sont pas propriétaires et le louent 2000/3000 ariary à la journée selon le modèle [3200 Ar = 1 euro]. Malheureusement, compte-tenu de la concurrence les courses sont rares et leur « salaire » dérisoire. Même si je ne me sentais pas à l’aise de me faire promener de la sorte en version colon, j’ai mis de côté ces considérations pour permettre à ces hommes courageux de gagner quelques milliers d’ariary. Ceux qui n’habitent pas à Antsirabe passent la semaine ici, mangent sur le pouce, dorment sur le pousse, avant de rejoindre leur famille le week-end dans les villages alentours.

J’ai d’ailleurs eu l’occasion d’aller visiter un de ces villages grâce à un rendez-vous manqué avec un retournement des morts ou famadihana. Ces célébrations ont lieu pendant la saison sèche et sont un des caractères les plus distinctifs du culte des ancêtres sur les hautes terres. J’ai manqué cette fête pour assister à une autre plus joyeuse, celle de ces enfants qui jouaient avec de la cendre. Rassurez-vous, ce n’était tout de même pas celle d’un ancêtre !

Plus loin, j’ai improvisé un Mada-France au babyfoot et j’avoue avoir perdu. Faut dire que j’ai mis du temps à comprendre la règle unique : y a pas de règle, faut juste marquer, des demis, en pissette ou avec une grosse. Ah ! Si Pimouss’ avait été à mes côtés on aurait pu chanter cocoricos avec les coqs du village ! [« Rô, mais c’est pas vrai, tous ces potes vont y passer ! » Dis, rappelle-toi les règles fixées lors du J+6 ok ? Et c’est grâce au dénommé Pimouss’ que tu lis ces truculents carnets je te ferai dire ;-]

Sur le chemin, Mr John m’a invité à découvrir son quotidien et m’a présenté sa fille et la petite Tsiky, née une semaine auparavant. L’offre n’était pas désintéressée mais courtoise. Je ne suis de toute façon à Antsirabe qu’un vazaha comme un autre ; un blanc riche qui peut peut-être soulager un quotidien trop lourd. Dans le cas de Mr John, c’est pour avoir plus de confort. Dans le cas de tous ces gens dans la rue à qui j’ai déjà offert un repas, c’est pour vivre. Je me refuse à prendre en photo les gens (bien souvent des enfants) qui fouillent dans les bennes à ordures mais sachez que c’est un spectacle quotidien.

A Antsirabe, en me baladant le long d’un lac nénupotoir couvert de végétation et d’autres joyeusetés, j’ai assisté à la grande lessive. Oubliez les lave-linges, ici c’est pas Life is Good, c’est Life is Hard. Du coup, comme peu de gens ont un accès privé à l’eau, les points d’eau publics ou comme ici, les affluents du lac, sont l’occasion d’un brin de toilette ou de laver le linge. Le séchage offre un spectacle coloré où poussent parmi les buissons et pelouses des habits aux couleurs vives. Cet arc-en-ciel est omniprésent à Mada, des vêtements aux façades, des étals aux pousse-pousse. Et, quand le jour décline, que la lumière se fait douce, les couleurs explosent sur les murs en peinture : Boom Boom !

 

 

Lundi 20 Octobre 2014

J+15 Environs d’Antsirabe – Mini-terres de l’étagé et de lacs et cultures


Ah ! Enfin un peu de verdure ! J’étais pressé de pouvoir découvrir un peu plus la campagne malgache. Allez viens je t’emmène au vent, je t’emmène aux dessus des champs et je voudrais que tu… vois l’état de mes jambes en rentrant de mes 50 bornes en VTT ! Elles étaient disons, couleur locale. Aussi cahoteuses, poussiéreuses que merveilleuses, les pistes qui me mènent vers le lac Tritiva mettent à mal les articulations du vélo et du bonhomme. Sur ces rubans de terre, de gros camions en transit défilent, plongeant par intervalles les petits villages dans une nuit de sable. Ce doit être ici qu’on a inventé la légende du fameux marchand.

A Belazao, les enfants rentrent pour la dernière heure de cours de la semaine. Du lundi au vendredi, les cours s’étalent de 7h15 à 13h15. Un rituel vient encadrer cette semaine scolaire. Le lundi, à la première heure, on hisse les couleurs. Tous les élèves sont alors rangés par classe face au directeur et à ses collègues enseignants. A l’inverse, après le dernier cours de la semaine, on abaisse le drapeau du pays. Les élèves sont en moyenne 40 par classe. Néanmoins, en tout cas lors de mon passage, ils étaient très sages. J’en profite pour dire à tous les élèves Français qui suivent mon périple que l’école est réellement une chance qui vous est donnée. Soyez conscients que beaucoup d’enfants dans le monde rêvent de pouvoir apprendre. Pensez à eux la prochaine fois que vous n’aurez pas envie d’y aller ;-)

Au lac Tritiva, je fais deux belles rencontres. Commençons par celle du lac. Cet écrin bleu émeraude est cerclé par d’abruptes falaises. Ses eaux profondes renferment plus de légendes que de poisson. A priori il n’y en a d’ailleurs aucun. Toujours est-il que, comme toujours à Madagascar, les légendes avérées ou non, donnent bien souvent naissance à des fady. Entendez par là : interdits. Un mort dans le lac : pan ! fady de s’y baigner. Une viande avariée : fady d’en manger. Une poule qui pète et … ? Azafady, pardon.

Bon, ceci dit comme partout ailleurs, les interdits sont parfois faits pour être contournés. Voilà pourquoi ceci n’a pas empêché Jacques-Yves Coustaud d’explorer cet œil volcanique, tout comme l’ami Rémy d’y faire trempette. Ah oui Rémy… c’est la deuxième belle rencontre, enfin sans compter sa jolie compagne Fanja. Avant de partir à Mada, j’ai découvert un très beau reportage photo sur le pays sur le portail de Géo. En faisant halte pour acheter de l’eau dans le seul petit resto du village, je suis tombé nez à nez et totalement par hasard, avec l’une de ces superbes photos et leur auteur : Rémy. Je vous invite chaleureusement à découvrir le travail remarquable de cet amoureux du pays, aujourd’hui résident : nomadeland.jimdo.com. Et si vous passez par là-bas, faites escale à la « Case » de Tritiva. [Rémy ça fera une bière]

La région du Vakinankaratra regorge de pierres précieuses et semi-précieuses, taillées ou non. On peut y acheter presque tout, des saphirs aux améthystes. Notez que l’on trouve aussi des améthystes au Lac des Corbeaux à La Bresse. Je vous ai déjà parlez du Lac des Corbeaux ? Pas toujours facile d’échapper aux vendeurs de colliers sans vouloir leur acheter la pierre.

Le chemin retour en descendant sur Betafo est encore plus joli. Je glisse, enfin bondit entre les cultures en terrasses. Maïs, riz, cresson, soja et surtout de l’orge pour alimenter les brasseries THB d’Antsirabe. Masto ! (santé !) Pas de voitures ici mais des charrettes à zébus. Les rencontres sont souriantes et l’arrivée d’un vazaha au village reste pour les enfants un spectacle toujours très attractif !

Ah oui, on me demande souvent en conférence où je dors, ce que je mange, etc. Alors j’ai pensé à toi public et je t’ai joins une photo de mon adresse à Antsirabe. Bah ouais, le voyage c’est pas toujours facile ! Seul client, perdu dans cette grande villa au calme, snif. Ah oui, immanquablement on me demande aussi combien ça coûte. Là, 25000 Ar. 8 euros, moins cher qu’un best of mic-mac !

 

Mardi 25 Octobre 2014

J+20 Ranomafana – Into the wild


Du vert, du vert, du vert ! Après une longue attente à la gare routière d’Antsirabe et un non moins long trajet en taxi-brousse, me voici arrivé au cœur du parc national de Ranomafana. Welcome in the jungle !

Créé en 1991 et classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2007, le parc renferme une incroyable biodiversité. Avant même de plonger au creux de ce grand vert, le petit village de Ranofamana autour duquel s’organise le parc, offre déjà un premier aperçu prometteur de cette richesse floristique et faunistique. Les nombreux ravenalas ou « arbre du voyageur » sont aussi de bon augure. En revanche, à la vue des premières araignées ici, j’ai d’emblée décidé de laisser mon arachnophobie en France ! A quoi bon ?! On va dire que c’est des piti noiseaux avec 8 ailes. Oh les gentils cuicuis !! Cette étape est aussi l’occasion de découvrir la vie d’un petit village malgache. A l’instar de cette soirée gospel, seul étranger dans cette église en liesse. Aucun problème, il n’y a pas de barrière de chorale. On m’a très bien accueilli. Dans les rues, des étals de fruits aux devantures des échoppes, tout est couleurs, tout est pittoresque, à l’image de ce petit salon de coiffure en photo. De l’Oréal au réel ! Le petit garçon que vous apercevez à moitié caché par un énorme sac est vendeur d’éponges, un des nombreux petits métiers de Mada. Tous ses copains le charrient et l’appellent Bob. Non, je déconne. Oh, vous passerez bien l’éponge.

 

J’ai eu fin nez en venant ici, puisqu’à lieu cette semaine le « 1er festival mondial des lémuriens », pendant probable du festival international de Ukulélé de Raon-aux-Bois ;-) A défaut de voir ne serait-ce que l’ombre d’un cul de lému, j’ai en tout cas eu l’occasion d’admirer le jeu des basketteurs de Rano. Leur coach avec qui j’ai sympathisé (en action ici) évolue en national et le niveau s’en ressent. Et puis Ranomafana, qui signifie « eaux chaudes », c’est aussi les thermes. Bon de ce côté-là, on n’est pas au spa de Vittel (hein les filles de l’asso ;-). En revanche en dépassant le complexe thermal entretenu, on longe de très belles cultures à mesure que l’on s’éloigne du bourg : rizières, bananeraies, jacquiers, ananas, cafetiers, euh non ça c’est l’ami Rudy, caféiers, etc. (Rô, encore un copain dans ses carnets, déjà qu’il a dit cul !!)

Bon d’ailleurs revenons-en à nos lémuriens, comme on dit par ici. J’ai effectivement pu en observer quelques uns. Je vous fais grâce de leurs noms latins. Cette 1ère virée aux airs de safari-promenade-accompagnée-guide obligatoire-portable en main qui connaît pas les espèces-foutage de tronche-trop cher… m’a laissé dubitatif. En effet, un pisteur nous accompagne, la traque est trop simple et décidément je n’aime pas être guidé, surtout dans ces conditions ! Du coup dès le lendemain, j’ai pris l’option B, réservée aux têtes de lard de Vosgepattes récalcitrants. Ca tombait bien ! Je suis donc parti sans guide même si c’est a priori interdit. Certes, je n’ai pas vu un seul lému. Pas grave. Le plus beau c’est la traque et l’excitation d’une rencontre potentielle (on parle toujours de lémuriens, hein ?!). Et puis, c’est tellement mieux d’arriver tout seul dans les petits villages. L’approche des gens est différente. J’ai ainsi pu découvrir un peu le quotidien de « ceux de la forêt », l’ethnie Tanala. A l’image d’Alphonse, perdu en montagne, qui vit avec sa femme et sa fille dans une très modeste bicoque en adobe, à l’orée d’une bananeraie. L’odeur âcre d’un feu de charbon de bois s’échappait de la maisonnée. Probablement un insert Titude. Même en dehors des villes, la misère fait aussi campagne.

[Retrouvez bientôt le résultat de la traque sauvage de Denis dans un carnet Bonus à venir !]

 

 

J + 20 BONUS

Bon, trêve de bavardages. Comme vous avez dû supporter mes bêtises, je vous livre en bonus le fruit de ma chasse. Car le Vosgien n’est jamais bredouille, ou broufouille comme on dit ici, à Romanafana.

Ps : Attention, ils sont parfois bien cachés : saurez-vous les trouver ?

 

 

Mercredi 29 Octobre 2014

J+24 Mananjary – Tout, tout, tout vous saurez tout sur le Sambatra !

Akouria be mes chers makis, nous voici enfin sur la côte, au Sud-Est du pays, et plus précisément à Mananjary. La ville flâne de part et d’autre du canal des Pangalanes, qui lui-même longe la côte de l’Océan Indien sur près de 650 km. L’Océan Indien, « chute de coco », autant d’appellations qui font rêver non ?! Bon, je te dis tout comme d’hab. ok ? Si vraiment Mananjary était une destination balnéaire, sa plage phare serait Popo beach, dans l’anse de Kaka Bay, tu me suis ? Ouais, bon alors fais gaffe où tu marches ! [Notez que les toilettes ne sont pas toujours très engageantes non plus, cf photo]


Bref, ça c’est pas bien grave et dans l’absolu c’est écologique même si ça fait un peu… désordre. De la même façon, pour ne rien te cacher et pour ne pas te montrer qu’une image carte postale de Mada, 3 lignes sur le fady le plus con du pays.
Ici, les jumeaux sont tabous. Conformément à la coutume en vigueur chez les Antambahoaka, les jumeaux sont traditionnellement abandonnés. Quelques associations internationales récupèrent les malheureux. Pas facile de faire tomber des pratiques séculaires, si cruelles soient-elles.
Heureusement, les Antambahoaka ont également une coutume plus joyeuse, plus festive, quoique bâtie autour d’un douloureux sacrifice, celle du Sambatra. Parmi la mosaïque culturelle malgache, le petit groupe ethnique des Antambahoaka est sans doute l’un des plus influencé par le monde Arabe. La cérémonie du Sambatra qui, à Mananjary, court tout le long du mois d’octobre célèbre la circoncision des jeunes garçons. Cette grande célébration n’a lieu que tous les 7 ans ! J’ai donc eu beaucoup de chance d’y assister. J’ai choisi la dernière semaine de ce mois de liesse : « la semaine sacrée », qui concentre les temps forts de l’événement.
Le lundi matin, les femmes ont été cueillir des rambo (cypéracées) : et de 1, et de 2 et de 3. Comme ce n’était pas leur guerre, ce sont donc les hommes qui se sont battus ou plutôt provoqués, armés de lances et de boucliers. Ils ont probablement remarqué le talentueux capoeiriste qui sommeille en moi (j’ai bien dis sommeille) puisqu’ils m’ont invité à participer à la joute. Dans le doute, et par anticipation que l’un d’eux devienne père de jumeaux et les abandonne, je les ai marave ! Craquage. Pardon, c’est l’allusion à Sylvester de tout à l’heure, le Vietnam, les traques dans les forêts de Xoulces, tout ça se mélange… Où en étais-je, j’ai perdu le bout. Ah oui, le lendemain, les rambo ont été mis à sécher puis on a dressé le ramiavogna, l’arbre sacré, auprès de la maison du clan, le tranobe. Mananjary, compte ainsi, 12 tranobe. Chacun de ceux-ci est dirigé par un panjaka, le chef spirituel, épaulé par ses conseillers. Voilà un peu pour planter le décor.
Comme il s’agit avant tout d’une fête, il y a même des manèges ! Alors bien sûr on est loin du Silverstar d’Europapark mais le plaisir reste intact. Regardez la joie des gamins. C’est chouette un môme sur un manège. Et en route pour la joie ! On fait aussi de menu paris à coup de 100 Ariary (3cts), histoire que la roue tourne. Et puis, comme il en faut aussi pour les plus grands, on boit un coup. A coup de bières locales, de betsabetsa (jus de canne à sucre fermenté) ou de toaka gasy (tord-boyaux malgache), on rit et on danse. Et puis on chante, les dames en priorité. Les Malgaches adorent chanter d’ailleurs. Avec plus ou moins de talent, ils recyclent dans les karaokés les vieux nanards français dont on ne sait jamais si leur auteur est mort ou vivant !


Je vous ai joint une photo de mon petit coin de paradis ici, à l’écart de la ville. Douche sous les cocotiers et déjeuné avec les geckos. Je suis à la SEM (Solidarité Entraide Madagascar), une ONG française qui œuvre essentiellement pour l’adduction d’eau dans les villages environnants. Un grand merci à toute l’équipe pour le très bon accueil. Pour en savoir plus sur leur action : www.semada.org
Je vous ai aussi joint quelques scènes de vies, quelques sourires pour vous mettre de bonne humeur mais également le reflet de certaines disparités qui me mettent de bien mauvaise Hummer ! Comment peut-on se balader dans une bagnole à 100.000 $ dans l’un des pays les plus pauvres au monde ?! En 7 lettres !

Rendez-vous très prochainement pour la suite de cette semaine de célébration. Un programme tout en couleurs où de nouveau, je vous dirai tout sur le Sambatra !

 

 

Dimanche 02 Novembre 2014

J+28 Mananjary – Cuik et fin

 

Nous voici au mercredi de cette semaine sacrée. Arrivés au tranobe, Hadj, une amie malgache, m’introduit auprès du panjaka, le chef spirituel. L’accueil est chaleureux et sincère. L’homme dégage beaucoup de bonté et de sagesse. L’idée que l’on se fait d’un chef de clan. La preuve, il conçoit que si le père de jumeaux parvient à tuer un crocodile dans le fleuve avec sa b…ravoure et son couteau, puis qu’il mange ce dernier, alors il peut garder les enfants. Bon, c’est déjà un pas.

Aujourd’hui, le programme est assez dense. Pendant que les femmes tissent les nattes et cousent les lambas de cérémonies, les hommes s’affairent à sculpter des colombes de bois. Une fois terminées, celles-ci viennent orner la tête de l’arche, elle-même hissée sur la faîtière du tranobe. Ces symboles ne sont pas sans rappeler celui de la colombe et du rameau d’olivier…

 

Sous le soleil de midi, les « petits rois » défilent en fragile équilibre, juchés sur un mozinga (récipient cérémoniel de grande taille qui va recueillir le betsa-betsa). Le jeune garçon est de la famille du panjaka et doit avoir un prénom qui porte chance. [Lucky Luke, ça marche ?] Ce court voyage triomphal le conduit du fleuve au tranobe dont il dépend. Là, l'élu bondit du fût sous l’œil attentif du panjaka. Le petit bonhomme est tout fier, c’est très touchant.

Pour se remettre de toutes ces émotions, nous avons été invités à partager le déjeuner. Au menu, du riz bien sûr agrémenté de flageolets en sauce : très bon. Avec Patrick, un ami de SEM, nous sommes allés chercher quelques boissons pour les remercier de ce bon accueil. Au dessert, quoi de mieux qu’un bon verre de bonbon anglais ? Ce soda qui fait fureur ici mérite son appellation. Quelques verres de rhum permettront d’édulcorer l’odeur sirupeuse de l’élixir. « -Candy ? -Oh no, brandy please ! » ;-)

Après le repas, les femmes ont fait danser les nattes et les couronnes des petits rois au rythme des tam-tams alors qu’une bataille se préparait. Sur la plage, les guerriers défilent avant que ne s’abatte une pluie de lances. Les oncles des « petits rois » affrontent les pères de ceux-ci. Belle mise en scène ! Euh… Tout le monde est vivant ?


Nb : Il n’est pas toujours aisé de comprendre tout le cérémoniel et les infos se contredisent parfois, je m’excuse donc si j’ai fait des erreurs d’interprétation. Le monde malgache est tapissé d’interdits, d’histoires de sortilèges et d’innombrables ragots ! Vous connaissez le téléphone malgache ?!

Le jeudi marque une trêve des festivités. Nous voici donc au jour J, le vendredi. A la première heure, les hommes sont partis puiser l’eau sacrée qui servira à la bénédiction de l’enfant, puis des bambous utilisés comme récipient.

Ensuite on abat un taureau dont la tête est utilisée lors de la cérémonie de circoncision (l’enfant est placé sur celle-ci). Dans la pratique beaucoup d’enfants sont déjà circoncis et la cérémonie revêt donc plus une dimension symbolique. Une fois reçue la bénédiction du panjaka, les petits juchés sur les épaules de leurs oncles, partent en procession avec toute la communauté jusqu’à l’embouchure. Des milliers de personnes composent ce cortège chamarré, spectacle rare et magnifique.

Je repars avec le dernier groupe et pose avec le dernier petit roi de 2014, belle conclusion d’une sacrée semaine ! Ok, on la refait dans 7 ans. Coupez !

 

 

Vendredi 07 Novembre 2014

J+33  Ambohitsara – Après le déluge...

 

J+33 et pan 33 photos, ça c’est cadeau ! Pas évident de faire un choix dans un pays aussi photogénique. Après cette semaine cérémonielle à loucher sur l’Indien sans jamais entrer dans sa danse, j’avais une envie irrépressible d’enfin me jeter à l’eau, quitte à me faire scalper par un squale ou une Skol (bière malgache). Me voici donc embarqué sur un bateau-brousse pour Ambohitsara, un petit village à 60km au nord de Mananjary. Ma prière a d’emblée été exhaussée et les dieux, un brin taquins, nous ont envoyé des sauts d’eau tout au long du trajet. Qu’à cela ne tienne, nous avions des bassines pour les recevoir lorsque leurs contenus traversaient le toit de notre pétaradante embarcation. Je vous parlais de colombes et de rameau d’olivier dans le dernier carnet, cette fois-ci d’un véritable déluge. Cette remontée dans le temps ne faisait que commencer.


Construit à la fin du XIXème par les colons français sous l’égide du général Gallieni,  le canal a pour but dans un premier temps d’exercer un meilleur contrôle administratif et militaire sur la région. Sa construction permet en outre de pallier les problèmes de navigation fréquemment rencontrés par la marine marchande et militaire sur la côte Est de l’île de Madagascar. Le cabotage y est en effet dangereux à cause de la présence de récifs, de courants importants et de hautes vagues. Aujourd’hui, le canal offre une voie de plus de 650 km reliant des lacs, des lagunes et des rivières navigables de Foulpointe à Farafangana. Cette artère approvisionne un chapelet de petits villages, où la vie bat au rythme des va-et-vient des embarcations.


Le voyage, ou plutôt l’épopée, est à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’un trajet en bateau-brousse à Mada : un joyeux bordel ! Pêle-mêle sont entassés des marchandises, des motos, des poules... et des gens. Ah, attendez madame, oui j’essaie de bouger mais je voudrais pas marcher sur le canard à mes pieds. C’est donc mora-mora que notre petite arche de Noé avance de village en village jusqu’à destination.


Sur le bateau, je fais la rencontre de Rockaya. [La dernière fois, je vous parlais de Rambo. Le respect de la trame de ces carnets est époustouflante n’est-ce pas ?] Une fois à terre, elle m’a trouvé je ne sais comment à l’auberge où je résidais. Ah bah si, j’étais le seul vazaha du village, il n’y a qu’une auberge, avec un seul client : moi ! Bref, je me suis un peu retrouvé dans les cordes quand elle m’a offert un joli chapeau. J’ai fini par accepter. C’est la 1ère fois que l’on m‘offrait quelque chose à Mada au lieu de me demander de l’argent, des stylos, des bonbons, des cigarettes... et d’une manière générale un petit coup de pouce. Facile à comprendre au vue des conditions de vie ici. Bref, chef Rockaya m’a concocté un petit dîner sympa, ce qui était plutôt bien venu dans ce village sans eau courante et sans électricité. Pour l’accueil, le sourire et la présentation je lui mets la note de 8/10 ;-) En parlant de cuisine, j’ai trouvé assez génial le repas du midi sur le bateau. En fait, chaque passager ramène un verre de riz, le transporteur s’occupe de l’agrémenter, en général avec quelques fayots et tomates cuites et le cuistot de faire bouillir la marmite. Pas évident dans un espace si confiné avec des sachets de lessive vides en guise de maniques … On fait avec les moyens du bord. L’expression prend tout son sens ici !


Cette escale à Ambohitsara a été des plus agréables. Les espèces végétales sont hallucinantes et je tente souvent de deviner ce que je vois. Et puis, j’ai enfin pu goûter à l’Océan et ses plages avec pour seules limites l’horizon. J’ai traversé des petits villages de huttes, perdues au milieu des cocotiers. Très vite, je me retrouvais au milieu de tous les habitants et devenais le temps d’une pause poses, le photographe du village. Petit clin d’œil au passage à mon village natal cette fois-ci, et plus précisément à la mairie de Cornimont. Le joli bâtiment bleu un peu défraîchi que vous voyez n’est autre que la mairie du village ! Quand je suis passé, les employés travaillaient comme si de rien n’était sous un gruyère en tôle pour toit.

Plus loin, des piroguiers comblaient à coup de sachets plastiques ou de bout de torchons les trop nombreuses fissures de leurs coquilles de noix. Ce jour là, pas de sortie en mer, trop de vagues. Rano masina est lunatique et possessive. Elle empêche les marins de caresser ses flots ou les noie d’amour et les retient à jamais. Rano masina … cela désignel’océan, la mer. Initialement, j’avais crû que la traduction littérale était « la machine à eau », j’adorais ! A priori c’est juste « eau salée » : tout nul ! [Merci Laurence ! A l’image d’Icare, mon envolée finit dans les flots]. Heureusement que Masoandro, le soleil, était aussi de la partie. Masoandro désigne « l’œil du jour ». Eblouissante poésie ! De quoi ensoleiller ta journée mon ami(e). Car « souviens t’en s’en » : comme toujours, « Après la pluie … »

Nb : A toi de deviner ce que fait cette dame debout dans l’eau avec son pied ou ce que sont réellement ces étranges saucissons en 1er plan. Quand à cet animal qui pourrait ressembler à une vache vosgienne à qui l’on aurait fait un enfant dans le dos, j’espère que vous aurez tous reconnu le zébu.

 

 

Mercred 12 Novembre 2014

J+38 Fianarantsoa – Vue à 360°

 

Après quelques déboires informatiques, me voici arrivé à Fianarantsoa, et plus précisément « Chez Marius », sur les hauteurs de la ville. Cette petite adresse chaleureuse me donne l’opportunité de pouvoir partager le repas, et de grandes discussions avec mon hôte et sa famille. Après le dîner, je me glisse alors sous un couvercle d’étoiles, jusqu’au pied d’un gigantesque figuier de barbarie. Là, le silence m’enveloppe et me laisse savourer une vue imprenable sur la ville. Pauvreté, calme et volupté.

La cité « où l’on apprend le bien » est logiquement couverte d’églises de diverses confessions. A tel point que certains n’hésitent pas à la baptiser : « le Vatican » ! La ville haute bénéficie en tous cas d’un programme de préservation qui a permis de restaurer de nombreuses maisons, et confère au quartier un charme particulier.

En me promenant un peu plus haut encore, j’ai fait la rencontre de la pétillante petite Alice, venue chercher de l’eau avec ses amis. Je crois malheureusement que ces enfants ne vont pas à l’école, faute de moyens. Ils m’y ont néanmoins conduit et j’ai découvert un peu surpris, une école au pied de pylônes et d’installations électriques. L’école existait déjà mais ça n’a pas empêché les autorités ou l’entreprise d’y planter leurs infrastructures. Comme s’ils n’étaient pas au courant ! Je ne suis pas expert mais devine que ce n’est pas top pour la santé des enfants… Inquiétant !

Après cette petite visite de courtoisie où j’ai remis un ballon et quelques stylos qu’il me restait, j’ai fait une rencontre que j’attendais depuis un moment de façon tout à fait fortuite. Près des bidons que vous devinez en arrière-plan du portrait d’Alice, soudain j’aperçois un petit caméléon à l’ombre de l’un d’eux qui se presse (enfin essaye) de gagner un endroit moins exposé. Ce joli caméléon jaune, noir et blanc est une femelle. Elle mesure environ 20 cm sans la queue et 30 avec. Elle gagne le sommet des buissons et se retrouve malgré elle, et un peu surprise, au beau milieu d’une lessive qui paresse au soleil. Un gamin m’indique un 2ème caméléon à quelques mètres, cette fois-ci c’est un mâle. Il est plus gros et s’il ne lui manquait pas la queue, il pourrait atteindre une taille de 50 cm je pense. Je savoure cette observation.  La vision du caméléon couvre 360°, c’est fascinant. La faune malgache semble concentrer les espèces rigolotes ! Dommage que ce ne soit du goût de certains habitants qui malmènent parfois ces rois du camouflage, encore une fois pour d’obscures raisons.

Le petit garçon à l’allure grave auprès de sa maman est un vendeur de charbon. La plupart des gens à Madagascar se servent du charbon de bois pour cuisiner. Ceci explique en partie le recul préoccupant des surfaces boisées sur l’île. Le gamin n’a jamais vu d’appareil photo avant, il est perplexe. Tous les enfants ne sont pas toujours tout sourire. Ceux qui ne vont pas à l’école comme lui, ont souvent une vie très laborieuse. Dans ces familles qui survivent, il n’y a probablement pas beaucoup de place pour l’amusement. Pauvre petit bonhomme…

Pour ceux qui ont le temps de se reposer, les trottoirs de Fianar sont un lieu idéal pour faire quelques emplettes et trouver le matelas idéal. Il n’y a grosso modo qu’un modèle à Mada, décliné en plusieurs épaisseurs avec des housses bien sûr tout en couleurs ! Ca et les pouss’, on peut dire qu’à Fianar, ça pousse et ça mousse. C’est bien plus malin pour… euh, bah bosser et dormir. A la pause matelas, un jeune gars perché sur une jambe m’a proposé de rafistoler mes godasses. Avec plaisir ! Pour une somme dérisoire, il a eu tôt fait de me réparer soigneusement mes baskets. Quel dommage que ces petits métiers agonisent dans nos villages. Note qu’on marche sur la tête dans nos sociétés « développées », alors les godasses abîmées ... C’est devenu si logique pour beaucoup de jeter plutôt que de réparer. 
Bon, il faut dire que le neuf fait parfois flipper ici. A l’exemple de cette superbe berline Karenjy, seul constructeur à proposer des véhicules « Made in Madagascar ». A l’image de la Logan, on devine que des économies ont été faites au niveau design. L’avantage du véhicule, vous oubliez vos clefs, un ouvre-boîte, et vous voici au volant.
[Séb, c’est un moteur Rere alors je leurs ai promis que tu leurs ferais un plan marketing et que tu t’engageais sur une centaine de véhicule pour le salon de l’auto ;-]
Bon je taquine, mais l’aventure est belle. Longtemps à l’abandon, l’usine fut reprise en 2009 par le Relais, partenaire d’Emmaüs. Ce projet permet de maintenir des emplois et aux habitants de Fianarantsoa de se vaner entre eux : « Hé ! Ta caisse… tu l'as achetée chez Emmaüs ?! » MDF ! Mort De faim, comme on dit ici.

Ps : Je sais, c’est pas drôle. Sans doute parce que ça arrive malheureusement.

 

 

Mercredi 12 Novembre 2014

J+38 bonus Ambalavao – A leu queue queue

Je sais, encore une fois je suis trop bon et je te gratifie d’un carnet bonus. Mais que veux-tu, on ne se refait pas. Aujourd’hui, je t’emmène donc en balade à Ambalavao, à 50 bornes au Sud de Fianarantsoa. La ville est avant tout célèbre pour son marché aux zébus. Bon sauf que là, j’arrive un peu après la bataille, c’était la veille la grand messe. Zébu quoi faire pour avoir une info fiable dans ce pays ! Je profite donc de la non effervescence pour sympathiser avec les « zébutiers » et organiser une séance de rodéo improvisée avec Schkroumpf. Il faut dire que j’avais auparavant tenté l’expérience seul et le zébu m’a clairement fait comprendre qu’il fallait pas non plus zébuser.

Les marchands viennent des provinces alentours, souvent à pieds pour vendre leurs têtes de bétail. Outre ce fastidieux voyage, ceux qui viennent du Sud courent en plus le risque de tomber nez à nez et museau à museau avec des Dahalo. Il s’agit de bandes armées de voleurs de zébus qui sévissent dans le grand Sud malgache. Bien qu’ayant toujours existées, elles semblent avoir acquis un sentiment d’impunité. Pour ces derniers, on n’est pas un homme si on ne vole pas un zébu. Aberrant non ?! Et comme on dit ici : « Qui vole un zébu, doit faire gaffe à son… cheptel ». Car le jeu ne s’arrête pas là et le volé va voler à son tour. Bref, un drôle de jeu qui finit parfois et trop souvent de façon dramatique.

Ambalavao est aussi réputée pour une autre spécialité : le papier antaimoro. Sa fabrication remonterait au VIIIème siècle. Il est réalisé à partir de l’écorce d’une variété de mûrier. On fait d’abord bouillir les fibres de cette écorce, puis on les trie et on les rince. Ensuite, à l’aide d’un maillet on les réduit en une sorte de pâte brune. On dilue cette pâte dans l’eau puis on l’étale sur un tamis de coton. Reste à évacuer l’eau et à faire sécher au soleil la mixture. On obtient alors un papier filandreux beige que quelques pétales de fleurs viennent parfois égayer.

Dis donc, je vois que ça t’intéresse pas beaucoup mon histoire sur la fabrication du papier antaimoro. Ah si j’avais été voir les brasseries THB ou les vignes du monastère de Maromby, là y'aurait du client hein ?! Culture non, viticulture oui, c’est ça ?! En fait,  je te parle de papier car je n’ai pas grand-chose à dire sur le vinaigre appellation « vin rouge » que l’on produit dans la région. Le blanc s’en sort a priori mieux mais voilà pourquoi j’ai préféré pour une fois la paperasse à la vinasse. [Bon Papa, tu sais déjà que t’auras pas une bonne bouteille d’ici pour Noël ;-]

Vous remarquerez que Schkroumpf s’est bien amusé ici. Il a remarqué la petite Lova qui vendait de petits beignets d’abord. Il trouvait qu’elle ressemblait à Chonchon petite, alias Sylvie, membre de l’asso, que vous pouvez retrouver par ici.
Ensuite, il a beaucoup ri en regardant l’épisode du gendarme à Ambalavao. Des heures au soleil à exécuter des ronds de flancs ridicules. Le pays est sauvé ! J’aurais bien fait une photo de Schkroumpf et les Schtroumpfs mais je doute que mon explication aurait été du goût du Général 3* en visite ce jour. [D’ailleurs vous avez vu, le gars à gauche du général qui regarde dans ma direction, on dirait le cousin Yannou, non ? Oui je fais des clins d’œil à ma famille aujourd’hui et alors ?! Rappelle-toi des règles du J+6 ;-]

- Akouriabe ! Vao vao ? [Bonjour ! Quoi de neuf ?]
- Akouriabe ! Tis, tsara be, misaotra. Tsanga tsangana … Azafady, tsy misy rano glacée ?
[Bonjour ! Rien, ça va très bien merci. Je me promène … Excusez-moi, vous auriez de l’eau fraîche ?]
- Misy [Il y en a]. etc.

Ces répliques ponctuent ma balade. Comme toujours les gens, les arbres, les murs se sont parés de couleurs vives et chatoyantes. Pour parfaire le tout, du vieil homme à l’écolière en passant même par les « lascars », tous m’offrent le temps d’une pose leurs sourires et leur joie de vivre. Ces instants fixent dans mon cœur et mon esprit des particules élémentaires, celle du bonheur de vivre.

 

 

Samedi 15 Novembre 2014

J+41 FCE, un train deux retards

Réveil matin, 5h, je me réveille comme une fleur, m…wouaouch ! Un bon broc d’eau froide sur le coin du museau, la douche matinale a le mérite d’être efficace pour le « pas du matin » que je suis. Le temps de dévaler jusqu’au centre dans un carrosse à 4 ailes et me voici à la fameuse gare de Fianarantsoa. Celle-ci marque le départ d’un trajet long de 163km qui va nous mener jusque Manakara et la côte Est. J’ai eu la brillante idée de prendre un billet en 2nde classe et non en 1ère comme 99% des vazaha. Là, tout faux pour cette fois. Billet en poche, je me dirige tranquillement vers mon wagon lorsque je me retrouve pris dans les soldes d’hiver. Ah non, ici c’est l’été et c’est les places qu’on s’arrache. C’est clairement la panique, le chacun pour soi. On me pousse, on me marche sur les panards, on me… Oh ! STOP ! Je suis obligé de gueuler un bon coup pour arrêter ce délire de masse. Merde, là ils m’ont fait ravaler mon sourire cette fois. N’importe quoi ! C’est la première fois que j’ai à me fâcher mais là c’était franchement justifié, à moins d’aimer se faire piétiner.

Après quelques aller-venues énigmatiques, la loco fiévreuse s’amarre finalement aux wagons. Le temps de réparer le système électrique en saucissonnant les fils dénudés dans des bouts de tissu, le convoi s’ébranle, s’arrache aux quais et nous voici partis. 1,2,3 wagons. 1,2,3 heures d’écoulées.

Très vite je vois que je ne verrai rien. On est entassés et même si j’ai une fenêtre, je dois arracher quelques épaisseurs du derme de mon voisin pour m’extraire de ma semi-place. « Ah, qu’est-ce qu’on est serrés au fond de cette boîte ! Chantent les sardines, chantent les sardines. » (bis) Encore deux gares et moi je me casse !

Une fois extirpé de mon banc, non sans efforts, je tente ma chance sur la loco pour fuir le panier de crânes. Refus. Enfin, si mais faut arroser un gros cochon d’une sauce aux ariary. Ca ne me dit rien. Le stop suivant, je voyage en clandestin en 1ère et une vieille rombière allemande me fait remarquer que je lui cache la vue. Décidemment la connerie est bien la seule chose qui transcende les couches sociales ! Pas de jaloux,  y en aura pour tout le monde ! Tentative de retour en 2nde avortée vu que c’est archi bondé. Je dois faire plusieurs stops sur le marchepied avec des compagnons sado-maso qui semblent résignés à se faire flageller plus ou moins violemment par les branches. Un voyage très marquant. Mes bras et mollets s’en souviennent d’ailleurs.

Bon, sinon, c’est quand même joli ce trajet ! Bah oui va, tu crois que je t’emmènerais au casse-pipe sans raison moussaillon ? Hum ? Les arrêts en gare sont un spectacle étonnant. A chacun des 17 arrêts, une horde de marchands attaquent systématiquement le convoi dans une grande explosion de couleurs. Sur le vert élimé des wagons se détachent les roses juteux des litchis, les jaunes soleil des bananes ou encore les rouges craquants des fozas, les écrevisses. Je fais de belles rencontres, des voyageurs au long cours, des volontaires, des prisonniers chinois tombés pour trafic, des poulets avec ou sans arme… Tout ce petit monde accueille avec flegme cette course tétraplégique qui nous propulse à moins de 20km/h au cœur d’un long tunnel vert. Bercés par le tangage métallique, nos corps engourdis s’étirent dans une fuite à 4 temps, à peine réveillés par les staccato des freins. Une myriade d’étoiles couvre notre échappée que des milliers de lucioles éclairent en pointillés. A l’arrivée, Manakara, l’Océan. 1,2,3 soleil ! Vive le rail ! Tellement je l’aime…    

Tchou !

 

 

Vendredi 21 Novembre 2014

J+47 Manakara - Hé Manau ! Tu descends ?

Nous voici de retour auprès du grand Indien, chez une petite française, Laurence. Si vous suivez mes aventures, vous reconnaitrez peut-être ma voisine de banc à la messe du Père Pedro. Laurence travaille depuis un an ici pour l’ONG Asmaë et m’avait gentiment proposé de m’héberger lors de mon passage à Manakara. En voyage, on rencontre bien sûr les gens du pays, mais aussi tout un panel de personnes avec des parcours de vie souvent intéressants et/ou engagés. Par exemple, le violoniste de Manau chez qui j’ai bu un verre. Il est venu trouver refuge ici avec sa petite tribu, bien loin de sa Bretagne armoricaine. Son loup, son renard et sa belette ont de jolies frimousses ;-)

Pour me remettre de mon voyage en brouette à bord du TGV malgache (Train Grandes Vibrations), je me laisse guider par mon hôte pour une balade dominicale bien sympathique ! Nous commençons la journée par un savoureux petit déj au marché. Hum ! Des donuts ! Les étals rassemblent une variété impressionnante de fruits et légumes. On entre d’ailleurs dans la pleine saison des litchis et la région de Manakara peut se targuer d’avoir les plus savoureux. Cela fait un moment que je voulais également vous montrer les boucheries vita malagasy. Ces étals de barbaque ont de quoi vous faire devenir végétarien. La chaîne du froid ? Connais pas. Ici la chaîne du chaud fait mouches. Bon cela dit, même si visuellement c’est plutôt moche, elle est bonne leur bidoche ! Une bonne cuisson et tout est bon dans le cochon. Surtout pas cru et rien n’est perdu dans le zébu !

Après une petite noix de coco sur la plage, nous rejoignons Francisco et Kashia son épouse pour le déjeuner. Des gens biens, simples, intelligents. Tous deux travaillent pour une mission à Vohipeno qui recueillent des orphelins, des handicapés, des tuberculeux et de manière générale, tous les laissés-pour-compte de la région. Francisco a travaillé 6 mois à Calcutta dans les mouroirs de Mère Teresa. J’ai visité quelques-uns de ces centres. Je me souviens de ces jeunes volontaires qui donnaient leur temps, leurs oreilles et tout leur amour à ces pauvres bougres qui partiraient aujourd’hui ou demain. Pendant que la majorité des gens courent pour gagner des sousous pour acheter de nouveaux joujoux, il y a des gens comme Francisco et d’autres qui ont décidé de ne pas rentrer dans cette course idiote. Un proverbe tibétain dit : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ». Je crois en cela. Quel besoin avons-nous d’accumuler tant de choses dans les pays du Nord ? Ce rempart vise à nous protéger de quoi ? Je crois que cette muraille de technologie nous cache un monde simple, beau et authentique. Un domaine où l’on se parle encore de vis-à-vis sans passer par un outil de communication bien mal nommé… Ouh là, là, désolé je pars. C’est sans doute parce qu’à moins d’un mois de mon retour j’appréhende de retrouver l’Europe, la France, la course au bien-être et le mal-être qui en découle. Ici aussi il y a des incohérences, des choses révoltantes et idiotes. Je ne dis pas que l’herbe y est plus verte (quoique les rizières…), mais ici à 5h du mat avec un T-shirt pourri et une longue journée de travail aux champs qui s’annonce, on chante…

Tiens en matière de T-shirt et de choses révoltantes, regardez ces 2 gars habillés en affiches électorales. Ces T-shirt vous en verrez partout à Mada. Tantôt un Héry, un Andry ou un Ravo. Voici le prix d’une voix à Mada, voici comment on l’achète, dans ce pays où le salaire moyen tourne autour de 35 euros.

Allez viens on se casse du monde des hommes, ils sont trop bêtes. Suspendus à un fil ou une branche, peu importe le nombre de pattes, qu’ils nous effraient ou nous ravissent, la rencontre avec les animaux reste une source infinie et délicate d’émerveillement. Ainsi, je suis parvenu un tant soit peu à surmonter ma phobie idiote des araignées pour les admirer surfer sur la toile. Quant aux makis catta… C’est vraiment sûr que je peux pas en ramener un ? Que c’est mignon ! Ils sont incroyablement agiles, c’est si drôle de les voir évoluer dans les arbres. J’ai eu le plaisir de leur offrir quelques bananes. Ils sont très doux, aucunement agressifs. Je dédicace cette belle rencontre à Brigitte qui comme son homologue Tropézienne a beaucoup d’amour et de respect pour nos cousins du règne animal. Pendant que certains voltigent de branche en branche en symbiose avec la Nature, nous contemplons le Monde juché sur la plus haute branche. Une scie à la main, entre le marteau et l’enclume, nous continuons à scier celle-ci, histoire de voir quand elle cédera. Mais on n’est pas des makis, on court à la cata et y a du sushi à se faire : System Of A Down…

 

 

Dimanche 23 Novembre 2014

NB : En fin de carnet, retrouvez toutes les infos concernant notre jeu « Dessine-moi Mada »

J+49 Soatana - Blanc comme neige

Ce carnet est parti pour ressembler à une pub pour Ariel ou plutôt Blanche-Croix ! L’arc-en-ciel, les vêtements plus blancs que blanc, les enfants qui jouent... Putain, manque qu’un chaton et c’était bon ! [T’as vu Josiane, là il est carrément vulgaire ! Il file un mauvais coton le gamin !] Cela dit en lieu et place du chaton, je vous ai quand même dégoté un zébu. Bon, alors où sommes-nous et quelle est cette marée blanche ?

Nous sommes à Soatana, à seulement 2h de brouette de Fianarantsoa, soit 35km. En me déposant, le taxi me sert un « là-bas n’aie pas peur ! ». Rassurant ! Dans le taxi-brousse, alors que je ne pensais pas communiquer en français les prochaines 48h, mon voisin se présente et dans la conversation me parle d’un vazaha de St Amé (88) !! Mais où sont les chemins de l’aventure ?! T’es pas mon oncle aussi par hasard ? ;-) Amusant et sympathique puisque ce Mr Gravier que je ne connais pas, s’est perdu par ici pour mettre en place avec son asso des petits projets solidaires.

Soatana, en outre d’être un charmant petit village au pied de jolies montagnes, a la particularité d’accueillir la presque unique communauté apostolique de Madagascar. Les peut-être 4000 adeptes de la congrégation du « Fifohazana » (le réveil) sont tous habillés en blanc, vénèrent l’esprit saint, prient et cultivent le riz. Voilà grosso modo le quotidien des fidèles.

En arrivant sur place, on m’a d’abord lavé les pieds. Non que mes panards soient sales mais ceci pour faire référence à un passage de la bible où Jésus fait de même. L’idée est d’appliquer le verset stricto sensus en guise d’exemple et pour concrétiser la tradition d’accueil et de partage de cette société. C’est bien évidemment un peu gênant mais j’avais été briefé par mon pote photographe Rémi. J’assiste ensuite à la prière en chansons. Accords du chœur, symbiose des corps, musique des cœurs. Les chants sont puissants, envoûtants, inquiétants. On m’offre ensuite le couvert. Toujours en chansons, je dîne avec un autre vazaha éberlué, face à une trentaine de fidèles qui accompagnent nos cuillérées de riz d’une curieuse sauce religieuse.

Notre interlocuteur, chargé des affaires protocolaires, se nomme Patrick Lafontaine. Son nom est aussi crédible que son parcours de vie. Pilote de ligne, champion national de moto-cross, ayant étudié en Europe et à Harvard, il est aussi parent avec l’ancien président et parle 11 langues… et bien sûr… et tu m’en diras tant… Le gros problème avec ce fieffé imposteur est que c’est lui qui doit recueillir nos éventuels dons pour la communauté. Les autres fidèles sont adorables et nous servent avec une bonté et un dévouement confondants. Mais ce petit malin a compris le bénéfice qu’il pouvait tirer de la situation et ne s’en prive pas. Combien de coquins dans le monde font du fric sur la foi et la bonté des autres ?! Patoche, tu t’expliqueras là-haut mon salaud ! [Ooh ! encore un gros mot…]

Je vais donc revenir sur les belles âmes de cette communauté. Notamment mes 4 filles adoptives qui m’ont accompagné tout au long de ma balade dominicale. Ne sont-elles pas adorables ?! Un moment, d’autres enfants les ont rejointes et c’est ainsi que j’ai rendu visite à un professeur du lycée dans son 1 pièce, avec mes 40 gamins ;-) La messe dominicale m’a laissé aussi dubitatif que cette petite fille et sa bible repose-tête. Un petit bonhomme s’énervait au fond de la paroisse, remplaçant les notes les plus aigües d’un orgue absent. Charlie Chaplin dans « Le dictateur ». Bien sûr, Mr Lafontaine me commentait tout ceci avec un prosélytisme dérangeant. Après 24h, je me devais de répandre la bonne nouvelle et d’accomplir ma mission d’Eve Angeli à Sion. L’atmosphère est vite devenue un peu étouffante au côté de ce faussaire de l’âme et même s’il a ri au fait que je puisse être un homme libre, il s’est finalement résolu à me lâcher les litchis. Au final j’ai rejoint mon compagnon du taxi-brousse, Pierre, pour le souper et j’ai eu le plaisir de partager son repas familial. Le problème des salauds, c’est quand ils sont à la tête des structures. Vous en connaissez ? A quand la grande lessive à Mada ?

Jeu-concours « Dessine-moi Mada »

  1. Il s’agit d’un jeu-concours proposé par l’association. Il est ouvert à tous, sans obligation d’achat et sans même devoir dire que mes carnets sont très intéressants ;-)
  2. Ce jeu-concours est ouvert aux enfants de 7 à 77 ans avec 3 catégories et donc 3 prix.
  3. Les catégories :
  • Petits makis : 7 à 11 ans inclus
  • Caméléons : 12 à 16 ans inclus
  • Baobabs : 17 à 77 ans inclus
  1. Le jeu : Très simple. Laissez parler votre imagination, munissez-vous de vos crayons de couleurs, feutres, pastels, craies ou je ne sais quoi et dessinez-nous votre Mada. Vous pouvez vous inspirer des carnets. Vous pouvez ne pas vous en inspirer. Sur le support de votre choix, dans le format de votre choix.
  2. Date limite : 31 décembre 2014 minuit. Cachet de la poste faisant foi de zébu. Au siège de l’asso :

Association Voir Plus Loin
2, lot. Les genêts
88310 CORNIMONT
N’oubliez pas de nous indiquer vos coordonnées complètes ainsi que votre catégorie.

  1. Les prix : un joli souvenir de Mada ramené par mes bons soins et adapté à chaque catégorie.

A vous de jouer !

 

 

Samedi 29 Novembre 2014

J+55 Vallée du Tsaranoro – Beauté dangereuse

Nb : Ce carnet n’est ni fait pour les enfants, car l’auteur mentionne une partie de son anatomie fady, ni fait pour sa maman, car l’auteur sans le vouloir a pris des risques d’un con sidéré.
Après avoir fait quelques provisions à Ambalavao, je me dirige vers la vallée du Tsaranoro et le parc national de l’Andringitra. Etape montagne. Avant de quitter la RN7 et la civilisation, les indications sur le ruban d’asphalte, sans appel, présagent une aventure périlleuse. Les 10 derniers km de piste doivent s’effectuer à pieds, à moins de s’être offert le luxe d’un transfert en 4X4. J’ai la chance de tomber très vite sur une petite famille qui rentre au village accompagnée d’une charrette à zébus. Ils me proposent de déposer mon gros sac dedans et je ne me fais pas prier car il avoisine les 20kg. Nos chemins se séparent sous un ciel plombé qui ne tarde pas à s’effondrer. La pluie accompagne mes derniers km jusqu’au Camp Catta, mon QG des prochains jours.

Le bien nommé Camp Catta est blotti au pied de la vertigineuse falaise du Tsaranoro, célèbre pour ses voies d’escalade. Le site, superbe, abrite en plus de nombreux maki catta ! Après avoir analysé les sardines de ma tente, ceux-ci se sont finalement rabattus sur une mangue que j’avais oubliée dehors par inadvertance. Difficile de leur en vouloir avec leurs bonnes gueules !

Ma 1ère randonnée m’a conduit sur les flancs d’un beau Caméléon qui culmine à 1540m. Le sommet dévoile une superbe vue sur la vallée. C’est aussi le refuge d’une pléthore de lézards qui viennent prendre le soleil sur le dos de leur grand cousin de pierre. Très belle randonnée ! Encouragé par cette première journée, je me lance sur un 2ème parcours « très difficile » mais pour lequel je me donnerai le temps nécessaire : le tour du Karambony. Jusqu’au panneau, ça monte certes mais tout va bien. Ensuite la vallée se referme, emportant dans sa chute minérale l’illusion d’un parcours à suivre. Je suis au creux d’un V très encaissé, où il est bien difficile de progresser. Le fond du vallon est encombré par des pierres gigantesques qui protègent la course d’un petit torrent. Tantôt je saute d’une à l’autre, tantôt je tente ma chance en longeant comme je peux la paroi. J’arrive jusqu’à une piscine naturelle. Une corde me permettra de passer au-dessus en rappel. Mais avant cela, à poil. Plouf ! Quel délice de pouvoir se rafraîchir dans un si bel endroit en tenue d’Adam. Vivifié, je reprends mon ascension. Ça se corse ! Ma progression est inhibée par un enchevêtrement inextricable de fougères, ronces et saloperies de bambous nains christement gênants !  [ndlr : Nous verrons plus avant pourquoi l’auteur utilise ici un vocabulaire d’ordinaire usité dans les bars québécois.]

Je ne sais quoi faire, j’ai l’impression d’être pris au piège de la Nature. Les ronces lacèrent mes jambes. Le sommet de la passe semble reculer. Retourner sur mes pas ? Je sais ce qui m’attend… Je continue dans l’espoir que le chemin, qui n’en est bien sûr pas un, se dégage un tout petit peu. C’est si pentu que je dois parfois monter à des cordes fixées dans les arbres pour gagner des surplombs. Difficile à décrire. Un enfer vert. Je passe aussi parfois par des grottes en suivant toujours le torrent. Soudain, le sol se dérobe. Genou en sang. Le soleil au zénith. Mon moral, au plus bas. Je bois pourtant beaucoup mais je suis déshydraté. Je pisse littéralement du sang. Peur. Qu’est-ce que tu fous là ? Connard ! Je me sens bien bête. Pour autant je n’ai pas été inconscient, ce parcours « très difficile » ne devrait-il pas plutôt être estampillé « risqué » ou « si j'étais toi, je passerais la journée à la piscine avec une bonne bière » ? Ce qui rend stressant ma progression est que j’ai le choix entre longer une falaise très inclinée où le moindre faux pas et patatra, ou essayer de se frayer un passage dans une toile de végétation impénétrable avec ma b. et mon couteau. La première est malade, le 2ème au fond de mon sac dans la vallée. Le contraire aurait été étrange ;-)

Enfin j’arrive, comme une cerise sur le plateau. [Je vous laisse imaginer les métaphores que l’on peut faire avec une cerise, y'a quand même des enfants qui lisent]. Une dernière corde que j’hésite à prendre me hisse au sommet du Karambony. Vue sublime, vertigineuse. Dans 3h un couvercle d’étoiles viendra chapeauter cette marmite végétale. Je dois encore redescendre. Mais par où ? Je suis des pistes qui s’évaporent parmi les cactus. Je longe la dalle pour trouver un passage moins abrupt vers le fond de ce nouveau vallon. Que dalle ! Après une heure, je trouve enfin un passage. Canyoning. Grottes. Ramper. Cascades. Cordes. S’accrocher. Puis je me retrouve face à un tronc douteux pour enjamber un trou d’eau. C’est le seul moyen. Au milieu du trajet, le bois pourri cède sous mon poids. Crrraâcck !! Je suis dans l’eau. Vite, gagner le bord pour sauver l’appareil. Heureusement, je l’avais protégé dans un sac plastique. Il est intact, ouf ! Bon, je suis quand même trempé et il fait nuit dans une heure. Je glisse sur les pierres. Ma descente se situe à mi-chemin entre le parcours du combattant et un jeu d’Intervilles. Simone et les vachettes en moins.

La nuit est tombée avant moi finalement. Je m’apprête à la laisser passer ici mais j’ai peur qu’on s’inquiète au camp, et qu'on lance des recherches ou pire, qu’on alerte mes proches. Du coup, je me relève et longe une dernière dalle jusqu’à ce que celle-ci abandonne sa chute. Une longue marche à travers les champs me ramène à bon camp. Je préviens de mon arrivée. Mes 2 potes infirmières du dispensaire sont heureuses de me voir revenir car elles commençaient à s’inquiéter. Le personnel, lui, avait ma décharge, alors… ;-) Alessandra, Suisse et Jessica, Québécoise sont les amies de cette étape montagne. En stage au dispensaire, elles ont la bonté et la douceur qui devraient habiller tous les gens qui embrassent une carrière médicale. Merci pour votre charmante compagnie les filles. Changez rien, ostie de tabâârnacle !!

Le soir dans ma petite tente quechuchu, une fois n’est pas coutume, je remercie le ciel et un Dieu sans religion, de ne pas avoir arrêté ce jour ma course sur ce beau caillou bleu…  Tout ce qui ne tue pas rend plus fort dit-on. J’ajouterais : plus humble et plus vivant. Quelqu’un qui n’a jamais craint pour sa vie ou celle d’un proche ne connait pas la valeur de celle-ci.  Allez, prochain coup, promis c’est plus tranquillou. On part avec Schkroumpf à la rencontre de Boby.

 

 

Mercredi 3 Décembre 2014

J+59 Parc national de l’Andigintra – Boba et Boby

Et c’est parti mon Boby ! Et avec qui on part au Boby, s’il vous plaît ? Avec Boba ! Alors qui sont Boby et Boba me diras-tu, et sont-ils sur un bateau ? Commençons par Boby si tu veux bien. Au départ, il y a une course au début du XXème entre 3 amis pour atteindre le plus haut sommet accessible de Madagascar. Le premier arrivé en haut est notre ami Boby. Boby n’a pas joué dans Dallas mais il a tout de même une particularité. En effet, des 3 compères, Boby est le seul chien ! Voilà comment le plus haut sommet accessible de Madagascar porte le nom d’un brave petit clébard ;-) L’anecdote est d’autant plus savoureuse quand on sait le peu de considération que l’on accorde ici à nos amis à 4 pattes. Boby a porté haut les couleurs de toute une espèce brimée. Au sommet, ses mots résonnent encore lorsqu’il est venu à bout des 2658m du massif : ehehehahahahehehehahah…. Rrrrrwaouuaaff ! C’est à peu près ce que j’ai dit aussi d’ailleurs.

Oui, parce que j’ai eu la grande idée de partir avec un sac de 15kg, du moins jusqu’au camp de base. Pourquoi cet homme est-il aussi bête, et pourquoi devrais-je me faner les aventures de ce doux imbécile ? Je lis en toi comme dans un livre ouvert. [L’expression est très conne. Evidemment, fermé c’est plus dur.]

Bref, je t’explique. Les parcs nationaux malgaches imposent un guide obligatoire. Un peu pour protéger la nature et beaucoup pour faire travailler du monde et rapporter quelques devises. Si l’on n’y prend pas garde, on se retrouve aussi avec un ou deux porteurs, un pisteur et un chien qui va vous ravir la victoire d’étape. 3, 4 mecs pour un seul bonhomme ! Quelle gloire y a-t-il à gravir un sommet quand on porte vos affaires ?! J’ai donc réussi à négocier de ne partir qu’avec un guide, et que lui et moi on se débrouillerait pour la boustifaille. Grand bien m’en a pris. C’est là qu’intervient Boba Joseph, mon guide pour ces 3 jours de trek. Je suis bien tombé. Même s’il n’est pas rappeur, Boba est un homme bon, honnête et n’a pas volé sa place comme certains guides à Mada.

La première journée est assez éprouvante. Nous devons rallier le camp de base à 2050m soit 1100m de dénivelé positif pour ma part. Avec mon gros sac, mon dos est aussi surpris que les 2 groupes que nous croisons. J’aurais pu faire l’économie de 2, 3 kg supplémentaires. Mafana be ! Il fait très chaud ! Par bonheur, le pestacle est à la mesure de mon effort. Vale la pena comme on dit à Guayaquil. Aucun rapport.

Cette rando nous fait traverser des paysages très différents. On passe d’un univers entièrement minéral à une jungle, de Star Wars à Indiana Jones. Plus tard, des landes battues par les vents pourraient couvrir la fuite d’Highlander, là-bas au Connemara. Tout en bas, on s’affaire à tisser un tapis vert de riz ou à creuser les sillons du disque des moissons.

Les menus sont simples avec toujours une base : le riz. Au petit déj aussi ! On se débrouille bien avec Boba. Si on se prend une grosse drachée, un bon feu réchauffe les bonhommes et sèche les vêtements. Cuisine désintégrée avec cuisson au feu de bois et sèching-room ! Un seau d’eau sous une paillotte, à poil dans la vallée : une douche open space ! Quel bonheur d’être Into the Wild !

Arrivés au sommet, je dévoile à mon guide que je dissimulais dans mon barda un passager clandestin. Je le hèle donc : « Boba, Boba, mon petit ourson… » Je te présente Schkroumpf !

 

 

Lundi 8 Décembre 2014

J+64 Parc National de l’Isalo – Bip-bip et le rô lézard

L’Isalo. Pas faux. Les prix pratiqués peuvent pousser à chanter quelques noms d’oiseaux. 113.000Ar ! L’Isalo ! Enfin, il faut prononcer « ichal ». Ca, c’est ce que font les vazaha, quand on leur annonce le prix de la balade. Néanmoins, l’Isalo est l’un des parcs les plus visités de Mada. Pour me remettre du coup de massue et rester dans la thématique néolithique, je choisis une petite hutte « chez Alice ». Après un premier repas, pour honorer mon patronyme, je me fais fort de goûter toute la carte les jours suivants : une merveille !

Idéalement situé de part et d’autre de la RN7, le parc a grosso modo la même forme que Mada, un bananoïde de 180km N/S sur 25km E/O. Au coucher du soleil, le massif enivré de soleil laisse éclater les verts, avant que de rougir et de tomber sur lui-même.  Peu à peu, le grand lézard de grès s’endort. Son enfance. Sa peau est couverte d’une forêt luxuriante, dans ses replis se lovent des lacs profonds qui regorgent de vie. Le jurassique. Et maintenant, le parc. Ce n’était qu’un beau rêve. Déjà le soleil se lève et brûle sa peau. Bon grès, malgré, comment résister ? Il est terrassé par la chaleur. Ses tissus s’assèchent, se craquellent, se déchirent. Cicatrices du temps. L’eau a sculpté sur son dos des canyons, des plateaux. Des aiguilles de pierres et quelques touffes de végétations ont fini par pousser sur sa cuirasse. Parmi ces espèces pionnières, l’Isalo, une plante endémique et courageuse. [Si tu préfères continuer sur la métaphore de la banane, tu peux aussi ;-]

Dans le parc, les Hommes que l’on trouve sont comment dire, aussi secs que les lieux. En effet, on peut observer ici des tombes bara, l’ethnie de la région. Ces tombes sont creusées dans les parois, puis bouchées par un amoncellement de pierres. Elles sont parfois très haut perchées. C’est fascinant de se dire que les vivants ont littéralement escaladé des parois abruptes pour aménager la dernière demeure d’un proche. Le cercueil en photo est comme capitonné de petites pièces. Une menue monnaie pour le passeur ?

Godzilla est le gardien des portes du désert. Un cerbère reptilien bienveillant qui barrerait la route du grand Sud malgache, pour éviter que l’on ne s’y brûle les yeux. Derrière lui, un enfer sans eau, sans végétation, mais pas sans Hommes. Sur le dos de notre géant de pierre, les habitants ont dû s’adapter. Parfois, le doute les a conduits à ne pas choisir. Animal ou plante ? A l’instar de ce phasme en photo. T’as trouvé ? Ouais, le bout de bois. Encore une fois quelle surprise et quel régal de découvrir un animal dans son milieu naturel. Ici le phasme reprend de son panache, et la chaleur au cyber l’envie à moi d’en boire un. Même incertitude chez le caméléon. On le voit médusé. L’œil qui se pose sur lui est certes étrange mais ne le changera pas en pierre. Tout au plus en papier glacé. [Comme une bière ou un sprite… Il fait aujourd’hui aussi lourd que mon humour. C’est dire !] Plus loin, un baobab a eu peur de grandir et de devenir trop gourmand. Il s’est donc contenté d’imiter la superbe de ses grands frères à très petite échelle. Je croyais le bonzaï japonais, mais le pachypodium rosulatum, alias « pied d’éléphant », écrase mes certitudes. Malgré les apparences, cette jungle de pierres abrite pourtant de petites oasis de verdure. Des piscines naturelles, mirages oniriques, posent un surprenant décor de jungle au beau milieu du Texas. On pense tout de suite à Walker bien sûr, Dallas ou aux baraques à bidoche sur nos aires d’autoroute. Mais ici, en contemplant le ruban d’asphalte qui serpente jusqu’à l’horizon, les yeux rivés vers le Sud, je n’attends qu’une chose. Bip-bip !

 

 

Jeudi 11 Décembre 2014

J+67 Tuléar – Moi j’aime bien !

Continuons notre route vers le Sud. Wild Wild South ! En chemin vers Tuléar, nous faisons une première halte à Ilakaka, le fief des orpailleurs et autres chercheurs de cailloux brillants. En 1998, un important filon de saphirs est découvert près du petit bourg. La nouvelle se répand comme une trainée de poudre d’or et le village se couvre en quelques mois d’une jungle de magasins de négoces et des services plus ou moins louches qui accompagnent ce genre de commerce. Des trous au tamis, la nervosité est palpable en ces lieux où la fièvre ne tombe jamais. Autour d’un bon toka gasy, s’il en est, s’il en fut, on rêve à la vie en bleu qu’on pourrait arracher d’une main heureuse aujourd’hui ou demain. Quelques grammes de finesse dans une terre si brute.


En parlant du toka gasy, j’ai eu l’occasion de visiter une fabrique du tord boyaux national. La découverte du processus de fabrication permet de comprendre plus facilement pourquoi le toka toque et, gasy sûr, vous met le bide en vrac. Qu’importe le bidon, pourvu qu’on ait des tresses !


En continuant la route, au détour d’une scène typiquement malgache que je vous laisse découvrir, j’aperçois un premier baobab. Si vous vous étonnez de voir sur la plus grande artère routière du pays ce genre de convoi alimenté à l’huile de coude, j’avoue avoir été aussi surpris de découvrir un mec faire la sieste à l’ombre d’un arbre sur la nationale !! Ou comment repousser les limites du fatalisme.


Ceux qui prétendent que Tuléar n’est pas digne d’intérêt n’ont rien compris à cette ville. Oui la plage est une décharge, oui la faune nocturne accouple des jouvencelles noires à des papis rouges, oui il n’ y a aucun monument remarquable mais moi, j’aime bien. Il se passe quelque chose ici. En déambulant dans la ville, j’ai senti plusieurs fois que je n’avais pas envie de quitter cet endroit, ce pays. Un peu comme s’il fallait 2 mois pour se faire à ce bordel, aux incohérences du pays. En 24h, j’ai sympathisé avec tout un panel de gens. Des piroguiers aux capoieristes, des marchés aux cafés, les gens sont agréables, souriants. Je partage avec eux, un café avec une tranche de vie. Je partage leurs soucis, je partage leurs joies. Je partage avec eux mon enthousiasme, mes réserves. Je partage avec eux. La vie.

Je dédicace ce carnet à Sylvette Krid qui part aujourd’hui vers d’autres horizons, et la remercie d’avoir ouvert à moi comme tant d’autres les fenêtres du Monde.

 

 

Samedi 13 Décembre 2014

J+69 Tuléar/Anakao - La pirogue de la Méduse

Grande journée. Réveil 4h40, réveillé à 4h39, ce qui s’appelle être en adéquation avec son programme du jour. Après un petit déj rapide café/bouc-bouc (beignets), j’embarque sur une pirogue à balancier sous les premières lueurs de masoandro. Mer d’huile, calme bleuté aux reflets violine, une peinture de Monet. En quittant le port de Tuléar, nous longeons un porte-container. Je pense à tous ces candidats à l’exil entassés sur des embarcations douteuses qui croisent ces monstres marins dans des mers démontées. Des milliers de tonnes de tôles et de produits manufacturés toisent les rêves de pauvres bougres ramassés sur une poignée de bambous. Rapports Nord/Sud d’un monde déboussolé.


Le trajet s’annonce a priori plus long que prévu. Après 6h de navigation, nous arrivons au village. Mais pas le bon. Les piroguiers que je surnomme alors « les pirates » me font comprendre que nous allons devoir rester là jusque marée haute pour éventuellement pouvoir repartir. Soit. Du coup, comme ce village n’appartient en rien à la carte touristique malgache, qu’il n’y a aucune gargote (petit resto malgache), Jenny ma compagnonne de fortune me propose de me faire à manger chez elle. Ca tombe plutôt bien ! C’est exactement ça le voyage. Rien n’est plus intéressant que quand un plan tombe à l’eau. La clé du voyage, et à plus forte raison à Mada : l’adaptabilité.  


Cet arrêt impromptu dans le petit village de Soalara-Sud me réserve de belles rencontres. Le temps du déjeuner, je partage le quotidien d’une petite famille de pêcheur. Crisy est parti tôt ce matin. Quand j’arrive il dort à l’ombre de sa « villa ». Sa femme Zinette, s’affaire à cuire des têtes de poisson qu’elle vendra plus tard au marché. Les enfants jouent. Ils balancent des toupies dont la course semble ne vouloir jamais s’arrêter. Elles accompagnent les rythmes cadencés des standards malgaches que crache le poste fiévreux juste à côté. Je suis déjà chez moi. Ici où la promiscuité est comme une poutre apparente de chaque maisonnée, un de plus ou un moins, c’est jamais un problème. On me fait asseoir comme si mes jambes étaient de mousse. A moins que ce ne soit pour m’accueillir au mieux avec tout le respect que l’on ne me doit pas spécialement à moi mais que l‘on doit à son prochain. L’hospitalité, l’accueil. C’est sûr que barricadés derrière nos murs et nos préjugés, nos haies et nos peurs, nos portails et notre confort, on a plus de mal à accueillir un manant pour poser un cul sur le canap devant le big deal ! La parabole n’est pas neuve je sais mais le vaccin n’est efficace que quand on en fait le rappel. Ouvrons nos portes et comme dirait Saez « faut mettre des coups de pioches dans la télé ». YES ! Maintenant que l’église est remise au milieu du village (dixit Séb.L), parlons de son école.

En discutant avec un enseignant autour d’un Xième café/bouc-bouc, celui-ci m’invite à visiter l’école pour me faire une idée de leurs besoins. Si l’on considère les trous dans les murs, au plafond, les tableaux élimés et le mobilier manquant… oui il y a quelque chose à faire. Et compte-tenu que le village voisin d’Anakao a aussi retenu mon attention, il se pourrait que.
J’ai aussi eu la chance de faire trempette avec les habitants dans des piscines naturelles d’eau douce en bord de mer. Là, j’ai surpris le plongeon frénétique de petits poissons singuliers. Je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit de périophtalmes. Cette espèce est capable de vivre jusque 2h à l’air libre car en plus des branchies, elle a une respiration cutanée. Je connaissais ce curieux poisson mais je n’imaginais pas avoir l’opportunité d’en observer ici ou même un jour. Quelle chance ! Les imprévus de la vie sont une fenêtre ouverte vers l’aventure et la découverte. J’adore quand ça déraille !

Voilà pourquoi, alors que la nuit s’installe et que les étoiles explosent au dessus de notre frêle embarcation, je jubile à chaque vague dans la fratz. Qu’est-ce que je fous-là sur cette pirogue en carton au milieu de la nuit, au milieu des flots ? Bah, je voyage. Face à la mer, je prends encore du rêve, et pas le dernier !

 

 

Jeudi 18 Décembre 2014

J+74 Anakao – Le ciel, les oiseaux et la mer

Voici l’étape détente de ce voyage. Je ne pensais pas te raconter grand chose au départ de mon séjour à Anakao puis je me suis ravisé en me disant que ce serait sympa de te faire pester derrière ton ordinateur avec des plages en veux-tu et des plages en voilà !

Alors au programme : plage, baignade, dégustation de poissons fraîchement pêchés, surf, plage, baignade, dégustation de cigales de mer, lecture, musique, dégustation de langoustes, plage, baignade… Pas facile. J’ai mauvaise conscience de profiter ainsi. Non, je rigole. Bon cela dit, je n’ai pas autant glandouillé qu’il n’y paraît. C’était juste pour t’énerver un peu et c’est bien mérité. Bah oui, libre à chacun de faire comme moi ! Ainsi le prochain « oh la chance que vous avez… », BAM ! C’est un A/R dans la fratz. Pourquoi te dis-je ça d’un coup, d’un seul, et pourquoi je digresse comme une pirogue sous le vent ? Parce que la plupart d’entre nous ont le choix. Je n’ai pas d’appart, pas de biens, si ce n’est une 306 asthmatique que je dois pousser pour démarrer, mais j’ai une malle pleine de souvenirs et un panier pique-nique rempli de tranches de vies assez croustillantes pour nourrir mes vieilles années au coin du feu. Nous avons la chance considérable de vivre dans un pays libre, dans une démocratie molle mais assez honnête, d’avoir un accès gratuit à des services de santé de qualité, d’avoir un climat idéal, plus tempéré que les gens qu’il abrite… Nous sommes heureux en France, il suffit d’en prendre conscience.
Je laisse mon ami Tesson résumer ma pensée : « Etre Français, c’est vivre dans un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. » Ca peut paraître paradoxal de songer à cela alors même que cet endroit est paradisiaque et pourtant. Ici, les gens n’ont pas accès à l’eau potable. Celle qu’ils puisent est saumâtre, elle est légèrement salée et impropre à la consommation. Le grand Sud malgache est très pauvre. Les gens souffrent de malnutrition et des épidémies qu’on croyait éradiquées comme la peste prospèrent encore sur la grande île…

Voyager c’est voir l’envers de la carte postale. Je ne peux dissocier le recto du verso et t’envoie des images pour rêver, et des mots pour comprendre. Solange et son mari « Veve » (en photo) ont une vision précise des besoins de leur communauté. Il y a quelques années, ils ont fondé une petite association pour tenter de répondre à quelques problématiques du village. Leurs axes de travail font écho à ceux soutenus par notre asso dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’environnement. Une piste sérieuse pour apporter notre soutien ici, d’autant que l’école de Soalara-Sud n’est qu’à une dizaine de km de là (J+69).

Il est temps que je vous plante un peu le décor quand même. Anakao est un village de pêcheurs Vezo, ce qui est presque un pléonasme car la plupart des Vezo sont pêcheurs.

Historiquement, ces « nomades de la mer » naviguaient en suivant les bancs de poissons entre la baie de St Augustin et Morombe, bivouaquant sur les plages, sous les voiles carrées de leurs pirogues à balancier. Aujourd’hui, la plupart sont sédentarisés mais la pêche reste une activité quasi quotidienne. La plupart proposent de venir déguster les produits de la pêche du jour que fera mijoter leur épouse. Vous connaissez ma grandeur d’âme, j’ai eu à cœur d’en aider un maximum en répondant favorablement à leurs invitations. « Bonjour, je suis Mr Pierre, vous venez manger la cigale de mer ce soir ? » Oh bah mon Pierrot, si faut aider hein… ;-) Bon ok, vous pouvez douter de ma grandeur d’âme mais pas de mon coup de fourchette ! J’en ai aidé des familles ! Quitte à faire 5 repas par jour, à me gaver de langoustes, de capitaines et de calamars. Blague à part, quel délice que de savourer des produits si frais à l’unique table de ces gargotes familiales.

J’ai aussi eu le loisir de glaner de beaux objets artisanaux pour l’asso. En les achetant ici, je fais vivre les petites vendeuses et en les revendant lors de nos expositions, je fais vivre nos projets : coup double.

Avant de me K.C d’Anakao, j’ai voulu renouer avec des sensations complètement glissantes. Histoire de faire un point, un break, Denis De Nice, surfer ou winner ascendant snowboarder. J’ai donc passé une matinée à attendre la vague. Mis à part dans la gueule, j’en ai pas pris une. L’océan était aussi plat qu’un scénar de sitcom, aussi énervé qu’un employé des PTT, bref il s’était entendu avec le vent pour ne pas faire de vagues. Comme j’ai été vilain à vous seriner avec mes réflexions pilosophiques, je vous offre pour me faire pardonner, quelques minutes d’éternité pour passer du grand bleu au rire jaune, Dujardin à la cour, des grands Artistes.
http://www.voirplusloin.fr/clin_brice.html

 

 

Lundi 22 Décembre 2014

J+78 Le retour du Roi (eh, j’ai eu la fève !)

78ème et dernier jour de ce voyage de 11 semaines sur la Grande Île. L’heure du bilan. Un long trajet que j’ai pris soin de diviser en 2 étapes me ramène de Tuléar jusqu’à la case départ : Antananarivo. De jour, cela me donne l’occasion d’admirer encore quelques beautés de l’île rouge. De nuit, celle d’apprécier ce qu’est un taxi-brousse-boîte de night avec la musique à fond tout au long du trajet ;-)

Bus-brousse au départ de Tuléar   Vendeuses de mangues sur la RN7

Les pubs peintes : colore la ville !

Les paysages magiques du pays betsileo Les amis du voyage : rires et partage

 

Il est donc temps de te raconter un peu tout et n’imp sur mes impressions de voyage ici, mes bons et moins bons souvenirs, et comme à Mada c’est le bordel, je te les livre tels quels !

Une émotion : Une vague de chant, celui de 1000 enfants qui fait tanguer mon cœur et chavirer mon âme. Messe du Père Pedro, Akamasao, Antananarivo. (J+9)
Un kiff : Les innombrables cafés/bouc-boucs partagés avec des chauffeurs de pouss’, des passants, des amis d’un instant. Ici, là, et partout à Mada.
Une peur : Celle qui m’a collé aux parois du Karambony. Vallée du Tsaranoro (J+55)
Une fiesta : Celle du départ, anthologique, avec les amis du voyage : Mawie, Tony et les filles d’à côté. Des pin-up, de la bière et de l’action : un vol de claquette droite. Tuléar (J+67)
Une pause : Lire au soleil sur la terrasse de Marius et se sentir un peu comme à la maison. Fianarantsoa (J+38)
Un animal : Premier contact avec la main duveteuse d’un maki, appuyé sur mon pouce pour manger un fruit. Comme un gosse. Manakara (J+47)
Une autre dimension : Tomber dans la secte des Hommes en blanc, puis se laisser guider par 4 amours de fillettes à la découverte du village. Soatana (J+49)
Un paradis : Seul sur le sable, les yeux dans l’Océan Indien. Seul blanc du coin, se faire offrir un chapeau puis un dîner par une jolie demoiselle du dit coin. Ambohitsara (J+33)
Une folie : Jubiler d’être en pleine nuit sur une pirogue à balancier en prenant des vagues dans la fratz. Tuléar-Anakao (J+69)
Un rêve : Voler au-dessus de 1000 crabes sur la plage, accompagné par le rire des enfants. Anakao (J+74)
Une expédition : Dans la jungle, en montagne, ne pas se laisser guider et découvrir des insectes surprenants, des villages paumés, la vie des gens. Parc national de Ranomafana (J+20)
Une envie : Aider ici. Mais ce n’est pas simple. Se tromper. Ne plus vouloir aider. Recommencer.
Un réveil : La petite voisine qui accompagne les premières lueurs du jour en chantant à gorge déployée la chanson phare du moment : https://www.youtube.com/watch?v=gVTenm59h94
Une pensée : Celle pour les gens que j’aime qui accompagne mes pas en rando vers le pic Bobby. Parc national de l’Andigintra (J+59)
Un bien-être : Celui d’être en symbiose avec les gens, l’espace, celui d’être ici et maintenant.
Un trouble : Celui du départ, d’un mélange d’émotions. Je laisse un bout de cœur sur le sable. Anakao (J+74)
Un dimanche : Chez Laurence, déjeuner sur un marché, rencontrer des gens biens, engagés. Echanger, partager. Manakara (J+47)
Une misère : Dans les rues de Tana, dans les villages en brousse, dans les bennes à ordures… Partout.
Un délire : Complètement glissant à attendre la vague en songeant à Brice. Anakao (J+74)
Un toast : A Mada, à la France et à ceux qui peuplent ces 2 pays. A l’improviste, au milieu du chaos, avec quelques gaillards, pas de riches, pas de pauvres, pas de Blancs, pas de Noirs. Des Hommes et un respect mutuel. Antananarivo
Une phobie : Celle des araignées que je parviens à faire reculer en les admirant surfer sur la toile. (J+47)
Une colère : Contre des fadys (interdits, tabous) débiles qui légitiment le fait  d’abandonner des bébés.
Un Bonheur : Le sourire des enfants.
Un monde : Le monde malgache tapissé d’interdits, d’histoires de sortilèges et d’innombrables ragots.
Une temporalité : Celle du « mora-mora » qui prend toute son ampleur dans les transports malgaches : du pousse au bus urbain, du taxi-brousse au train.
Une gangrène : Celle d’une corruption rampante, omniprésente qui paralyse le pays et assassine les bonnes volontés. (J+4)
Une cérémonie : Septennale, celle du Sambatra. Immersion dans le folklore du peuple Antambahoaka, au milieu d’une mer de lambas colorés. Mananjary (J+24, J+28)

Une assiette de riz chaude dans un bateau-brousse après le déluge, surprendre la fuite tétraplégique d’un caméléon, semer des mots malgaches et récolter des sourires et des rires, saluer Némo dans des eaux turquoises, contempler une mer de nuages depuis le pic Bobby, etc.

Je pourrais continuer longtemps cette énumération et vous livrer des heures les souvenirs que je garde de ce voyage à Madagascar. Mais ils me sont personnels, chaque aventure est propre. Si j’y retourne ce sera encore autre chose et si c’est toi qui y va mon ami(e) et bien ce sera aussi différent. En guise de conclusion, je ne peux que t’exhorter à faire ton baluchon. Car un voyage s’écrit difficilement et se lit sans passion. Un voyage se vit : en route !

Adaptation locale du « Où est Charlie ?», témoignage coloré et souriant à la vague d’humanité nationale.

 

Post Scriptum :

Merci à vous toutes et à vous tous d’avoir suivi mes aventures à Madagascar. Nous sommes sur le point de franchir les 150.000 visites sur notre site. C’est pour nous une belle récompense pour le travail fourni.
Un grand merci à tous les Malgaches et autres blancs-becs croisés en chemin sur l’île. Merci d’avoir encore une fois, fait rimer voyage et partage, sourire, rire et s’ouvrir.
Un grand merci aussi à mes 3 fidèles associés qui ont œuvré à la mise en ligne de ces carnets. Avec une spéciale cacedédi à Isa et ses savoureux dessins.
Un immense merci à mes parents, les meilleurs qui soient, qui m’ont offert et appris à chérir une chose précieuse : la vie.

Le Monde est beau. Si vous ne le savez pas, découvrez-le.