Chapter 2 - Dhobi, one can it be !

Accroche ton sari mon ami(e), farte tes claquettes ma biquette, prêt pour la course : 1, 2 , 3 Bombay ! C’est d’abord l’histoire d’un gars qui m’a bien baladé, puis d’une rencontre avec des dhobi pas Potter mais lessiveurs et enfin un marché aux bazars et un bazar au marché !
Comme tu le sais ou pas, j’ai dans l’idée de mener à bien un ou plusieurs projets d’aide ici en Inde. Le hasard du Dieu Padbol m’a ainsi fait croiser la route du jeune Ramish. Ce dernier a dû flairer mon pedigree : mi Frère Taraison, mi cocker mignon, et m’a assez vite parler d’une « shoes box » qui pourrait améliorer sa condition. Partant du principe que l’on veille à aider les gens qui s’aident eux-même à Voir Plus Loin et que l’investissement était minime, j’ai donc acheté une caisse faite pour cirer les chaussures au jeune Rabish. Je te passe mille détails qui m’ont occupé 2/3h chaque jour pendant une semaine. A coup de « demain, c’est bon je l’aurai », « je bosse à telle gare mais tu me trouveras pas », de coups de fils, d’entrevues, d’entre 4 yeux et d’entre les voitures, les klaxons et les bobards. Canish m’a floué !
Comme ça et résumé ainsi, tu te dis : ce grand corniaud s’est fait berner comme un bleu. Néanmoins, c’est beaucoup plus complexe et le bleu a autant d’âge qu’un bon whisky dans la pratique. Ce petit gars s’est lui-même pris à son propre piège. Il voulait essayer de tirer quelques sous d’une relation avec un « western » mais a compris un peu trop tard qu’il ne voyait pas plus loin. Pas plus loin que le coin de pavé où il dort, que l’alcool bon marché qui lui fait oublier, que ma main tendue qu’il n’a pas su serrer. Je ne lui en veux pas. J’espère qu’il a appris. Moi aussi, encore un peu. J’étais un peu triste, un peu pour moi, beaucoup pour lui. Lui aussi je crois...

Comme le soulignait Gérard St Brice, metteur en espace de la troupe des Farfadets de Limoges : « Tu te laves et tu oublies  ». C’est donc ce que j’ai fait en filant aux dhobis ghats. Nous vlà donc dans de beaux draps  Mickeline ! But encore ? What is it les dhobis mon Denis ? me diras-tu. Et bien les dhobis ghats, c’est un peu le lavoir de ton patelin dans lequel aurait benné un plein chargement de Laviagra. Résultat : un bordel surdimensionné et actif pendant des heures. (Si tu vois là des connotations outrageuses, change de marque de lessive !;) Plus concrètement, il s’agit de la plus grande machine à laver en plein air de la ville. Ici, des centaines de blanchisseurs lavent et battent le linge dans un millier de lavoirs. C’est une ville dans la ville. Chaque jour, 7 000 personnes travaillent ici pour acheminer, laver, essorer, blanchir, sécher, repasser… Le linge vient des 4 coins de la ville, et je vous rappelle la taille du bébé ! Les hôpitaux, les hôtels, les laveries pas automatiques voisines, bref toutes les entreprises qui veulent laver leur linge en public ont recours aux dhobis wallah : les blanchisseurs. Comme au pays du sorcier à lunettes dont on a fait le 3ème œil en un éclair, les dhobis sont gentils et corvéables. Le travail est souvent harassant et beaucoup m’ont confié qu’en rentrant le soir, ils étaient torchon, chiffon, carpette, bref : lessivés !

Enfin j’ai été faire mon marché au Crawford Market. Le nom m’inspirait bien mais je ne l’ai pas vue. Dommage. Avec tout ce que l’Inde peut porter de fruits et légumes, il y avait en tous cas de quoi refaire le portrait de la belle Cindy à la Arcimboldo. Plus loin, des empilements d’œufs prétentieux défiaient les lois de la gravité ovoïde. S’ils venaient à craîyier (patois vosgien, j’aime bien), une belle omelette de 100m de diamètre inonderait les allées du marché. Encore plus loin, ceux qui avaient survécus à l’état embryonnaire, se retrouvaient cloisonnés dans de petites cages. De rage, ils faisaient exploser leurs couleurs irréelles aux yeux des passants. Un holy de piafs d’impatience. Petit oiseau si tu peux pas déployer tes ailes, ah tu peux pas voler… Triste.
Enfin, je finirai par te présenter Michel, alias Mickael, à mi-chemin entre un gentil Mr Burns et Hotel Transylvania, avec en bonus des petits mots en français. Il s’agit du patron du petit hôtel où je résidais. Dans ce décor suranné, Michel trône invariablement soit derrière son bureau, garni de 3 téléphones fixes (?), d’un portable dans un petit sachet plastique et de tout un bric-à-brac, soit derrière un bon livre, avant de ronquer fort, la porte ouverte. Malgré les locaux (très) vétustes et le confort spartiate, la gentillesse de mon hôte et de sa maman, ont rendu mon séjour bien agréable car je m’y suis senti, comme à la maison.

Ramish. C'est l'histoire d'un type qui voulait une boîte à chaussures...
L'accès à l'eau... Je suis fan !
  Séchage.
Sari descend. On n'est loin du "génie sans frotter", ici faut quand même pas mal d'huile de coude !
501 jeans. Fer à repasser "ça gère" et sari monte !
Harry. Porteur. A vous de me dire...
Fruity Franck : sari gole ! (t'es pas obligé de lire mes légendes pourries en même temps...) Moktar Ahmed, un vendeur de rue avec qui j'ai un peu papoté. Attention en fumant tes bidîs (cigarettes indiennes) lui ais-je dis
J'en veux pas de tes oranges ! Si vous voyez pas ce qu'est un petit boulot. Où est Schkroumpf ?
Allah, Bibi et les 40 vendeurs. Pinces sans rire.
L'install électrique au 1er étage du bâtiment de mon hôtel. Sinon, j'ai aussi dans la collec l'écriteau "vous empruntez cet ascenseur à vos risques et périls", tjs dans mon hôtel !  

 

 

 

Chapter 1 - Welcome to the Urban Jungle !

Pour le titre de ce premier chapitre, je n’ai pas vraiment eu longtemps à réfléchir pour tout te dire. Ah oui, commençons d’emblée par de bonnes habitudes, je vais te tutoyer, si tu le veux bien. Merci.
Il est des spectacles qu’il n’est pas aisé de dépeindre. La folie littérale qui embrase cette ville est difficilement descriptible en effet. A l’heure où je t’écris, voilà 10 jours que je parcours cette jungle surnaturelle, ou plutôt peu naturelle, tant la Nature en est absente. En revenant d’une projection d’un film bollywoodien, en hindi non sous-titrée (c’est dire si j’ai un pète au casque), et après un inénarrable parcours du combattant, je me faisais la réflexion que l’Homme était réellement insensé de construire de pareilles cités. Comment s’épanouir dans ce bain infernal : béton, pollution, klaxons ?! Au mieux, on sait nager ou surnager, quand d’autres coulent. C’est pas cool, mais c’est la Vie et ici, on la prend aussi sûrement qu’un train en pleine mangue (choisis ton fruit en fonction de ta physionomie). Néanmoins, comme tu le vois, la grande Mumbai (anciennement Bombay) comptent aussi de somptueux monuments, datant pour la majorité de l’époque coloniale. Je ne te ferai pas l’historique, simplement il est bon de rappeler ici que ce beau et grand pays fut longtemps une colonie britannique et ce dès le 17ème siècle. En 1947, en grande partie grâce aux actions non-violentes menées par le Mahatma Ghandi, l’Inde acquiert son indépendance. Donc oui, Mumbai est par certains aspects une très belle ville. Mais un bon vieux Gandalf aurait tôt fait de nous souffler à l’oreille : « fuyez pauvres fous ! »

Agoraphobes, passez donc votre chemin. Cette mégalopole tentaculaire s’étend sur plus de 30km du Nord au Sud et compte + de 20 Millions d’habitants, soit 1/3 de la population française ! Vache !Dans une cacophonie absolument délirante et presque incessante, tout ce petit monde se meut au sein de cette forêt de béton, forçant le passage et jouant sa vie à chaque carrefour comme dans un jeu vidéo où l’on en aurait 99. C’est beau de croire à la réincarnation quand même !
Au milieu de tout ça, dans la rue, sur les trottoirs : une vache esseulée, un barbier, un chien qui flâne, un vendeur de barbapapa fluo, un mini temple, un vendeur de chai (thé noir très sucré mélangé avec du masala dans du lait bouillant : un délice!), deux vendeurs de chai, trois… un mendiant estropié, un balai de femmes en sari multicolores, et surtout des hommes pressés avec un teint de soleil.
Peut-être te dis-tu que c’est caricatural, ou que je n’aime pas trop ce pays. Je te rassures tout de suite, j’adore ce pays rempli de fous, et pour en être un beau spécimen moi-même, je m’y sens comme un poisson dans l’eau. Car l’Inde c’est aussi mille saveurs, mille surprises, des rencontres magiques : avec les gens, avec la Nature, avec la Vie. Tantôt dans un rythme trépidant aussi enlevé qu’un solo de tablas, tantôt dans le songe et l’intimité du cœur des Hommes. Les Indiens sont bien souvent curieux et lient facilement la conversation. Quand aux sujets évoqués : ils sont aussi nombreux que les Dieux Hindous, alors mieux vaut être souple au pays du yoga ! L’Inde c’est tout ça. Si on ne s’y sent pas vivant, c’est qu’on est déjà mort !  
Quand à l’aspect caricatural… je te rassure...rai pas : c’est bien pire en vrai ! Je crois que pour celui qui n’a jamais voyagé, c’est tout bonnement impossible à imaginer. Voilà pourquoi je vais t’aider un peu à découvrir ce riche pays, cette autre planète empreinte malgré tout de tant de beautés et de spiritualité. Aucun office de tourisme au monde n’a mieux résumé son pays que l’Inde : « Incredible India ! »

Sinon quoi de neuf depuis 12 ans et mon dernier passage ici ? C’est simple : la ville se développe et grossit aussi sûrement que le portefeuille des nantis et le fossé qui ne les lie pas aux plus pauvres, l’écrasante majorité. Les plus aisés affichent toujours un même mépris hautain pour la grande majorité invisible du peuple, tout comme pour le voyageur de passage, ce qui est moins grave bien sûr. Le changement le plus significatif est le tsunami écœurant de ces saloperies de smartphones.  Pas désolé pour le gros mot. Ceux-ci rendent les consommateurs, euh pardon, les gens, totalement débiles et intrinsèquement coupés de leurs prochains, de leurs sens… de presque tout en fait. Ici, comme presque partout sur la planète madphone, le selfie est érigé en sport national pour multiplier encore un peu plus les dieux et les porter à bientôt 8 milliards d’abrutis autocentrés.
On va pas se quitter là-dessus quand même hein?! Oui je suis un peu chafouin des fois mais ma parole est libre ou n’est pas. Donc pour finir sur une note + positive, la ville semble faire de vrais efforts par rapports aux déchets et je vois réellement la différence : « clean up Mumbai » et « Don’t waste water » peut-on lire ici et là. La sensibilité écologique gagne ici aussi peu à peu du terrain, dans un pays qui était déjà vegan bien avant ton voisin hypster Belin ;)

"Nous vous souhaitons un joyeux voyage" : c'est plutôt de bonne augure 
Un des très jolis monuments que compte la ville.
Le 1er coucher de soleil d'une longue série (j'aime bien que veux-tu) Le superbe Taj Mahal Palace où je n'ai bizarrement pas pris une chambre.
Le cricket : LE sport national en Inde !  L'université de Mumbai en arrière plan et sa tour de l'horloge.
Mon hôtel. Non je déconne. Un gilet jaune égaré, usé par une trop longue marche. En tous cas, pas sur que la misère soit moins pénible au soleil.
Bouillon de vies. J'adore ! Toc-toc et tuk-tuk : les rickshaws font leur show.
Schkroumpf pose devant l'élégant et coloré Victoria Terminus, VT pour les intimes où je prends mon train dans 3h. Indialand ? 
Les amoureux et leur très long banc public. Si j'ai vu des enfants travailler ?
Non. Je devais regarder mon téléphone au moment là.  Le festival artistique de Kala Ghoda, sous mes fenêtres depuis 10j et ici, dans les jardins du musée CSMVS.
Un hommage à Voir Plus Loin ? Un petit cadeau pour tous les enfants qui me suivent, petits et... grande  Au cas où, oui c'est bien des barbapapas ! 
 
J'ai déjà fait la vanne du gilet jaune, mince ! Il s'agit ici probablement d'un sadhou (du sanskrit साधु sādhu, « ayant atteint son but, homme de bien, saint homme » celui qui a renoncé à la société pour se consacrer à l'objectif de toute vie, selon l'hindouisme, qui est le moksha, la libération de l'illusion (māyā), l'arrêt du cycle des renaissances et la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique. (source : wiki)   
 
"Être au courant" : série Only in India.