Chapter 5 – Don’t worry, be Hampi !

Eh ben Paulo, mon S..... ! Si c’était un pote italien, il s’appellerait Fangio, mais non Paulo : c’est une compagnie de bus. Nous voilà en route pour « rallyer » Hampi. Forcément, quand t’as 2h de retard, si t’es champion, t’appuies sur le champignon. J’ai très vite compris qu’avec Paulo, le problème c’est pas le « quand » t’arrives mais le « si ». Ainsi, bercé par la douce mélopée d’une courroie fatiguée, je vogue dans ma couchette corps-billard. Le constructeur de  cet autochar a cru bon de ne laisser que 30 cm de hauteur au niveau des jambes, comme pour mieux préparer à la dernière demeure des passagers. 9h plus tard, Alleshiva, le temps de rassembler ses esprits et ses os, et nous voici à Hampi.

1er petit-déjeuner sur le toit-terrasse de la Ganesh Guesthouse avec le sourire aux lèvres et la conviction que cette étape va être magnifique. De là, j’ai une vue imprenable sur les gopuras1 du temple Virupaksha, véritable phare de la cité. Cette pièce-montée gourmande aux allures de temple maya s’élance vers un ciel sans nuage. Sur ses flancs, d’innombrables singes ajoutent encore à l’exotisme du décor, à la magie de ces lieux qui dans le Ramayana2 apparaissent sous le nom de Kishkinda : le royaume des dieux-singes. Nos si proches cousins éloignés l’ont bien compris et investissent chaque recoin du site qui recouvre pas moins de 36km2 et compte plus de 3 000 monuments !
En contre-bas, dans les ruelles d’Hampi Bazaar, la vie suit son long cours tranquille. Shanti, shanti. A mes côtés, 3 mémés enrubannées dans leurs saris chatoyants, tiennent un conciliabule insondable pour mes oreilles profanes. Comme moi, en bas dans la rue, les hommes sont au chai. Celui-ci est pieds nus et slalome entre de sacrées bouses. Celui-là se racle la gorge et gratifie la terre-mère du fruit de ses recherches quand ceux-ci, torses-nus, ajustent leurs pagnes pour se rendre à la toilette, je présume. Au milieu de tout cela, des vaches paressent ou se promènent. Les mandalas fraîchement dessinés sur le pas des portes, s’ils repoussent le mauvais œil, ne parviennent pas à éconduire les plus hardies d’entre elles qui viennent les saboter, avant d’être priées d’aller ruminer ailleurs par la maîtresse de maison. Il n’est pas 9h et il fait déjà 30°C. Dans 2h, on pourra en rajouter 10 de plus. Hampi c’est aussi beau que chaud !

Il est assez facile de visiter les ruines par soi-même. Certes, on n’y verra que des pierres là où un guide vous y aurait conté légendes et dynasties. Néanmoins, quel bonheur que de tracer son propre chemin, au petit matin. Le portail est ouvert, cela semble être une école. Je surprends les prières de fidèles, qui sont-ils ? Des enseignants, des prêtres ? L’un m’invite à suivre ce sentier que j’emprunte déjà et n’espérais même pas. Un passage se dessine sous des blocs de pierres, colossaux, hauts comme des immeubles, couvrant d’immenses salles naturelles. Je suis la lumière, celle du soleil qui augure cette belle journée, et débouche sur un vaste plateau qui surplombe le site : majestueux. Je suis la lumière. Je suis ma lumière.
En 1336, un prince Télougou3 choisit Hampi pour devenir la capitale de ce qui va devenir l’un des plus grands royaumes de l’histoire indienne. Néanmoins, j’avoue être bien incapable de citer les noms de ces souverains Vijayanagar qui bâtirent cette cité grandiose. Sans doute parce que l’écrin vaut le bijou qu’il renferme. La Nature a depuis longtemps mon penchant, plus que les murs que l’Homme y dresse.

1 Haute tour-portail d’un temple dravidien, en forme pyramidale
2 Le ramayana est une épopée mythologique en langue sanskrite composée entre le IIIème s. av J.C et le IIIème s. de notre ère. Avec le Mahabharata, ils représentent les deux textes sacrés fondamentaux de l’hindouisme.
3 Rigole pas, il y a 80 millions de locuteurs de cette langue dravidienne.

 

Un langur à face noire ou entelle d'Hanuman.
L'aventure des arches perdues
L'armée des 1 000 singes. L'un d'eux m'a piqué mes Fisherman's Friends : it's a bit strong ! Pêche au filet sur un coracle embarqué sur la rivière Tungabhadra
Le temple de Kodanda sur les rives de la rivière est dédié à Rāma : roi légendaire de l'Inde considéré comme le 7ème avatar (incarnation) du dieu Vishnou Offrandes
Le temple Achyutaraya au lever du soleil. Au Nord, il ouvre sur ce qui était jadis un vaste bazar Salutation au soleil. La mer de verts en arrière-plan abrite des palmeraies, des babaneraies et des rizières essentiellement
Une vue à 360° depuis Matanga Hill. Le décor qui abrite les magnifiques ruines d'Hampi est irréel. Les dieux semblent avoir joué au Kapla avec les rochers Une porte dans la falaise et vous voici sur le chemin d'un autel à offrandes, d'une statue cachée
Des cousins aux gestes et postures très humains Sméagol ?
Col de Grosse Pierre ? Le gopura du temple Virupaksha, emblème de ces cités d'or indiennes
Ramassage scolaire. Les uniformes sont obligatoires en Inde. Pas les claquettes a priori  La montagne des singes
Balayeuse au Lotus Mahal Temple Exemple d'ornementation indo-islamique au Lotus Mahal Temple
Les étables des éléphants : c'est grand ! United colors of Sarito
   

 

 
 

 

Chapter 4 – Palolem : such a cowool paradise !

Shanti shanti buddy (tranquille, tranquille mec) ! Bienvenue au paradis ! Partons directement du bon pied si tu veux bien, celui qui m’est resté après cet épisode survenu dès le 1er jour ici. 

Extraits de mon carnet : « Même si Tarzan bobo pied-pied, Tarzan content ! Alors qu’a donc fait notre homme-singe aujourd’hui ? Et bien pour commencer son jour du seigneur, et fêter lui-même, comme de bon aloi, Mr T. a commencé par : ne pas se lever. C’est dimanche. Cela implique que la couenne peut rester collée aux draps aussi longtemps qu’elle le désire. Ensuite, Tarzan est parti s’ébrouer dans l’Océan. Comme c’est une sorte de super-héros, il a nagé loin, jusqu’à une presqu’île. Là, Tarzan a grimpé sur les gros rochers. Puis, n’ayant pas trouvé de lianes, la folie l’a gagné (Liane Folie) et il s’est jeté à l’eau. A l’eau – Tarzan – Bobo. J’aurais cru que c’était plus profond... ou c’est la toison ? Bref, j’ai touché le fond ! » Cette petite histoire océano-pédestre marque ainsi mes premiers pas au Sud de Goa, tout en me collant une bonne épine au pied, au sens littéral et figuré. Je sais dorénavant pourquoi je voyage avec un ourson plutôt qu’un oursin !!

A Palolem, y a des cocotiers, mais ils ont mis des corneilles dessus. Y a des bungalows, mais ils ont mis des poules en-dessous. Y a des plages, mais ils ont mis des veaux qui courent par ici et des vaches et des chiens qui paraissent par là. Bref, à Palolem, y a pas de doute : on est bien toujours en Inde ;)

Pour ajouter au folklore de cette belle carte postale, y a des yogis comme s’il en pleuvait des cocotiers. Ici, beaucoup viennent ainsi suivre des stages intensifs de yoga. Une fois certifiés, les yogis un peu babas mais toujours cools, peuvent enseigner cette discipline qui trouve d’ailleurs ses sources en Inde. Le yoga allie la pratique d'un ensemble de postures et d 'exercices de respiration qui vise à apporter un bien être physique et mental. Si vous ne connaissez que peu ou pas, cela vaut peut-être la peine de s’y intéresser, d’autant plus en ce moment… 

Bon nombre de mes copains d’aventure sont d’ailleurs raccrochés à ces écoles, soit en tant qu’élèves, soit en tant que staff. En voyage, on rencontre bien sûr les gens du pays mais il n’est pas rare non plus de se lier d’amitié avec des voyageurs qui sont bien souvent dans la même dynamique que vous. Aussi, j’ai eu un réel plaisir à rencontrer en premier lieu Elena, une réalisatrice talentueuse d’origine Bulgare avec qui j’ai visité les bidonvilles de Bombay et qui est depuis devenue une véritable amie. Cette amitié est à l’origine de notre petit groupe tendance auberge espagnole, oscillant selon les aller et venues, entre le Club des cinq et le Clan des sept ! Un partage de bonnes ondes, de sourires, de fou-rires et d’énergie qui a grandement participé à la richesse de cette étape playa.

Cette escale fut aussi l’occasion de faire le plein d’artisanat pour l’association. Et dieu sait que j’y ai consacré un certain temps certain  Voilà comment j’ai par exemple passé 6h d’affilée (!) dans le magasin de Renuka. Un chai, une négoc, un chai, une histoire, un chai, un chien qui part avec ma chaussette, un chai… Renuka, contrairement à moi, est habituée à cela et m’a proposé de prendre le déjeuner avec elle et sa sœur. C’était très intéressant car j’ai pu bien échanger et apprendre de nombreuses choses sur les us et coutumes autour des repas, du culte hindouiste, de la scolarisation… Un beau moment. Et quand vous découvrirez l’artisanat que j’ai acheté et fait envoyé en France, ce sera bien autre chose que la cohue pour le PQ ou les pots de Nutella !

Prenez la position du lotus. Détendez-vous. Concentrez-vous sur votre respiration. Prenez un bon bouquin main gauche. Lisez. Prenez un bon verre de vin main droite. Buvez. Sentez votre corps, sentez votre cœur. Respirez. Vous êtes vivant. Respirez. Ça va passer.

 

Homa, ma pote Iranienne, portée par le yoga et par son compagnon. J'ai suivi mon 1er cours avec elle 
Friedi, son chéri Allemand, est détenteur de plusieurs records de slackline au Guiness ! 
Si ça c'est pas paisible... De gauche à droite : Homa (Iran), Denis (France), Theresa (Allemagne), Elena (Bulgarie) et Moïses (Mexique) - le club des cinq ! 
Lakshmi et Renuka pendant notre pause-déjeuner d'une folle journée shopping. Un petit plaisir perso : un tabla, la percu embématique d'Inde. D'ici à les enseigner, va falloir attendre...10 ans ! 
Ouais enfin bon ça vaut pas les sapins de la forêt de Xoulces. et pis c'est dangereux les noix de coco ! Sun
Set Scène de plage : corrida pacifIque.
La vache qui bronze. Manque plus que Pamela ! (encore que y en a beaucoup 
J'ai eu le bonheur d'observer une dizaine de martin-pêcheurs dans cette rivière qui se jette dans la petite anse de Palolem Vieux hippies cloués aux pilotis.
Bah pourquoi pas ? Tu sens quand même qu'y a des fans des sixties qu'ont quand même un peu trop pris le soleil par ici  Jésus, Marie.
 
Land Art Crab. Mais où est Craby ?  

 

 
 

 

Chapter 3 Panaji – Que bom !

Bacalhau mon poto ! Et là direct tu te dis, cet indien a encore pris un coup sur la caraf’. Le corona, le soleil, les épices ? On sait pas ce qui lui arrive, le con il parle portugais maintenant !Histoire dans rajouter une Pampers, je t’écris depuis Bangkok ! Mais ça, je te raconterai plus tard pourquoi.

En arrivant dans l’état de Goa, j’ai eu le plaisir de retrouver la Nature ! Elle était comme moi, un peu fânée, un peu calcinée, mais là quand même ! Bananiers, cocotiers, rizières et plantations, du vert, Dieu que c’est bon ! A mesure que le bus progressait vers Panaji, et à tombeaux-ouverts, ça va vite, les maisons s’habillaient curieusement d’un parfum ibérique des plus charmants ! C’est donc dans un petit Porto indien que notre pilote nous déposa avant de relancer son bolide multicolore en sens inverse.
Si t’aimes les chiens errants, Linda De Souza et les églises tout de blanc chaulées, Panaji est pour toi. Je savais que tu résisterais pas à ce combo. Tu dois savoir que je ne mens jamais. Aussi, j’ai bien rencontré Linda de Souza, la valise en moins, si ce n’est sous les yeux à force de mater son portable. Elle était là, plantée au milieu du décor suranné de son restau goanais. Un peu comme partout en Inde, je n’ai pas été déçu du voyage gustatif que sa maison proposait. En général, c’est bon, c’est sain et c’est épicé, ouais ! Au fait, tu sais que je m’appelle Grandemange ? Non, bah renseignes-toi un peu ! Bref, du coup, je vais te parler un peu de bouffe ! Car s’il est des expériences qui valent bien la peine en voyage et de surcroît en Inde, c’est bien les découvertes culinaires ! Et vu que c’est plutôt très bon en général, je me suis mis direct en mode commando des papilles. Quand t’as 100 plats et que tu cales pas c’est quoi, tu suis l’avis du gars qui te sers, enfin si il a une bonne tête. Je t’ai joins une photo du St Graal de la bouffe indienne : le thali de poisson ! C’est une spécialité du Sud. Dans ce petit restau sympa de Panaji où l’excellente cuisine se confrontait à de curieux goût musicaux, j’ai pu déguster ce qui, de l’avis d’un gars de Mumbai, était le meilleur qu’il ait mangé. J’étais bien d’accord avec lui ! Pour 190 roupies (soit 2,5euros) t’as ce plat de malade + une limonade citronnée parce que faut qu’en même pas déconner. Au menu : poisson frais pané, coquillages à la coco, petites crevettes au curry, sardines en sauce, crudités, truc qu’arrache la fratz, riz, chapati (galette de pain)… et même un petit dessert genre baba au rhum. De la bebom, que bom !!

Évidemment cet héritage portugais n’est pas dû à un attrait particulier pour les acras de morue des Goanais. Tu l’auras compris, la région a été longtemps sous l’égide de la couronne portugaise et ce dès le XVIème siècle. Ce métissage surprenant se lit sur les façades, les enseignes et à plus forte raison dans la religion. Ici il y a plus d’églises que de temples hindhous!

J’avoue t’avoir encore raconté pas mal de conneries cette fois-ci. Sorry. D’ailleurs les écoles ne me donnent plus signe de vie. Aurais-je versé un peu trop dans la gaudriole ?
Aussi pour finir par une note plus culturelle et pour te permettre de briller en société, je vais te donner une petite indication architecturale des plus exotiques. Beaucoup des charmantes villas décaties qui fleurissent dans les quartiers de Fontainhas et Sao Tomé comptent de jolis balcons en fer forgé, mais certaines ont même des fenêtres en carepas. Bing ! C’est ça qu’il faut que tu places à la machine à café demain. Genre : « Tiens je me demandais si j’allais pas faire une fenêtre en carepas dans mon abri de jardin (… silence gêné...) Vous savez pas ce que c’est ? Oh les nazes… Bah des fenêtres en coquilles d’huîtres pardi » Ajoutez bien « pardi », et attendez les fêtes de fin d’année pour un effet bœuf… ou beauf, ou bof ;) Allez, je ferme les carepas. Até logo !

Thali de poisson : un régal !
Somewhere under the rainbow...
Autel et offrandes. Marie Copperfield (de cet angle on comprend le truc de l'auréole)
Comme un air d'Amérique du Sud. J'aurai dû en faire brûler un pour mon visa. Non pas d'enfant, de cierge !
Street Art Panaji / Panjim City - Goa
Paradis décrépis. Panaji / Panjim City - Goa
La vache qui rit pas. L'envers du décor. Non rassures toi, ce n'est pas une école pour disciples du petit moustachu. Le svastika est un symbole très présent dans le monde et rattaché à différents cultes depuis bien longtemps. Dans l'hindouisme, il possède de nombreuses significations sacrées et représente notamment le dieu Ganesh. Les 4 gammas qu'il figure lui ont aussi donné le nom de croix gammée.
Un camion citerne approvisionnant les usagers en eau. Vendeur ambulant de petits pains en forme de donuts... mais durs comme du bois.
Stairway to money. Quand j'ai visité le temple, c'était l'heure de la cueillette dans les donations box. Et celle-ci était incroyablement fructueuse ! Un homme faisait des liasses pendant que 3 autres amassaient une vraie petite montagne de billets ! Quand on pense la misère dans laquelle vit une majorité de la population, je comprendrai jamais ça...  Hanuman, l'un des principaux dieux (parce qu'y en a quand même 330 millions dans l’hindouisme !). Habituellement représenté comme un singe, il incarne le concept de bhakti (dévotion). 
Certes le cachet a expiré mais charmante villa quand même. Réservoir à dogs
Scène de rue typique dans le quartier de Sao Tomé.  Des touristes assortis et un joli coq de Barcelos, emblématique du Portugal. 

 

 
 

 

 

Chapter 2 - Dhobi, one can it be !

Accroche ton sari mon ami(e), farte tes claquettes ma biquette, prêt pour la course : 1, 2 , 3 Bombay ! C’est d’abord l’histoire d’un gars qui m’a bien baladé, puis d’une rencontre avec des dhobi pas Potter mais lessiveurs et enfin un marché aux bazars et un bazar au marché !
Comme tu le sais ou pas, j’ai dans l’idée de mener à bien un ou plusieurs projets d’aide ici en Inde. Le hasard du Dieu Padbol m’a ainsi fait croiser la route du jeune Ramish. Ce dernier a dû flairer mon pedigree : mi Frère Taraison, mi cocker mignon, et m’a assez vite parler d’une « shoes box » qui pourrait améliorer sa condition. Partant du principe que l’on veille à aider les gens qui s’aident eux-même à Voir Plus Loin et que l’investissement était minime, j’ai donc acheté une caisse faite pour cirer les chaussures au jeune Rabish. Je te passe mille détails qui m’ont occupé 2/3h chaque jour pendant une semaine. A coup de « demain, c’est bon je l’aurai », « je bosse à telle gare mais tu me trouveras pas », de coups de fils, d’entrevues, d’entre 4 yeux et d’entre les voitures, les klaxons et les bobards. Canish m’a floué !
Comme ça et résumé ainsi, tu te dis : ce grand corniaud s’est fait berner comme un bleu. Néanmoins, c’est beaucoup plus complexe et le bleu a autant d’âge qu’un bon whisky dans la pratique. Ce petit gars s’est lui-même pris à son propre piège. Il voulait essayer de tirer quelques sous d’une relation avec un « western » mais a compris un peu trop tard qu’il ne voyait pas plus loin. Pas plus loin que le coin de pavé où il dort, que l’alcool bon marché qui lui fait oublier, que ma main tendue qu’il n’a pas su serrer. Je ne lui en veux pas. J’espère qu’il a appris. Moi aussi, encore un peu. J’étais un peu triste, un peu pour moi, beaucoup pour lui. Lui aussi je crois...

Comme le soulignait Gérard St Brice, metteur en espace de la troupe des Farfadets de Limoges : « Tu te laves et tu oublies  ». C’est donc ce que j’ai fait en filant aux dhobis ghats. Nous vlà donc dans de beaux draps  Mickeline ! But encore ? What is it les dhobis mon Denis ? me diras-tu. Et bien les dhobis ghats, c’est un peu le lavoir de ton patelin dans lequel aurait benné un plein chargement de Laviagra. Résultat : un bordel surdimensionné et actif pendant des heures. (Si tu vois là des connotations outrageuses, change de marque de lessive !;) Plus concrètement, il s’agit de la plus grande machine à laver en plein air de la ville. Ici, des centaines de blanchisseurs lavent et battent le linge dans un millier de lavoirs. C’est une ville dans la ville. Chaque jour, 7 000 personnes travaillent ici pour acheminer, laver, essorer, blanchir, sécher, repasser… Le linge vient des 4 coins de la ville, et je vous rappelle la taille du bébé ! Les hôpitaux, les hôtels, les laveries pas automatiques voisines, bref toutes les entreprises qui veulent laver leur linge en public ont recours aux dhobis wallah : les blanchisseurs. Comme au pays du sorcier à lunettes dont on a fait le 3ème œil en un éclair, les dhobis sont gentils et corvéables. Le travail est souvent harassant et beaucoup m’ont confié qu’en rentrant le soir, ils étaient torchon, chiffon, carpette, bref : lessivés !

Enfin j’ai été faire mon marché au Crawford Market. Le nom m’inspirait bien mais je ne l’ai pas vue. Dommage. Avec tout ce que l’Inde peut porter de fruits et légumes, il y avait en tous cas de quoi refaire le portrait de la belle Cindy à la Arcimboldo. Plus loin, des empilements d’œufs prétentieux défiaient les lois de la gravité ovoïde. S’ils venaient à craîyier (patois vosgien, j’aime bien), une belle omelette de 100m de diamètre inonderait les allées du marché. Encore plus loin, ceux qui avaient survécus à l’état embryonnaire, se retrouvaient cloisonnés dans de petites cages. De rage, ils faisaient exploser leurs couleurs irréelles aux yeux des passants. Un holy de piafs d’impatience. Petit oiseau si tu peux pas déployer tes ailes, ah tu peux pas voler… Triste.
Enfin, je finirai par te présenter Michel, alias Mickael, à mi-chemin entre un gentil Mr Burns et Hotel Transylvania, avec en bonus des petits mots en français. Il s’agit du patron du petit hôtel où je résidais. Dans ce décor suranné, Michel trône invariablement soit derrière son bureau, garni de 3 téléphones fixes (?), d’un portable dans un petit sachet plastique et de tout un bric-à-brac, soit derrière un bon livre, avant de ronquer fort, la porte ouverte. Malgré les locaux (très) vétustes et le confort spartiate, la gentillesse de mon hôte et de sa maman, ont rendu mon séjour bien agréable car je m’y suis senti, comme à la maison.

Ramish. C'est l'histoire d'un type qui voulait une boîte à chaussures...
L'accès à l'eau... Je suis fan !
  Séchage.
Sari descend. On n'est loin du "génie sans frotter", ici faut quand même pas mal d'huile de coude !
501 jeans. Fer à repasser "ça gère" et sari monte !
Harry. Porteur. A vous de me dire...
Fruity Franck : sari gole ! (t'es pas obligé de lire mes légendes pourries en même temps...) Moktar Ahmed, un vendeur de rue avec qui j'ai un peu papoté. Attention en fumant tes bidîs (cigarettes indiennes) lui ais-je dis
J'en veux pas de tes oranges ! Si vous voyez pas ce qu'est un petit boulot. Où est Schkroumpf ?
Allah, Bibi et les 40 vendeurs. Pinces sans rire.
L'install électrique au 1er étage du bâtiment de mon hôtel. Sinon, j'ai aussi dans la collec l'écriteau "vous empruntez cet ascenseur à vos risques et périls", tjs dans mon hôtel !  

 

 

 

 

Chapter 1 - Welcome to the Urban Jungle !

Pour le titre de ce premier chapitre, je n’ai pas vraiment eu longtemps à réfléchir pour tout te dire. Ah oui, commençons d’emblée par de bonnes habitudes, je vais te tutoyer, si tu le veux bien. Merci.
Il est des spectacles qu’il n’est pas aisé de dépeindre. La folie littérale qui embrase cette ville est difficilement descriptible en effet. A l’heure où je t’écris, voilà 10 jours que je parcours cette jungle surnaturelle, ou plutôt peu naturelle, tant la Nature en est absente. En revenant d’une projection d’un film bollywoodien, en hindi non sous-titrée (c’est dire si j’ai un pète au casque), et après un inénarrable parcours du combattant, je me faisais la réflexion que l’Homme était réellement insensé de construire de pareilles cités. Comment s’épanouir dans ce bain infernal : béton, pollution, klaxons ?! Au mieux, on sait nager ou surnager, quand d’autres coulent. C’est pas cool, mais c’est la Vie et ici, on la prend aussi sûrement qu’un train en pleine mangue (choisis ton fruit en fonction de ta physionomie). Néanmoins, comme tu le vois, la grande Mumbai (anciennement Bombay) comptent aussi de somptueux monuments, datant pour la majorité de l’époque coloniale. Je ne te ferai pas l’historique, simplement il est bon de rappeler ici que ce beau et grand pays fut longtemps une colonie britannique et ce dès le 17ème siècle. En 1947, en grande partie grâce aux actions non-violentes menées par le Mahatma Ghandi, l’Inde acquiert son indépendance. Donc oui, Mumbai est par certains aspects une très belle ville. Mais un bon vieux Gandalf aurait tôt fait de nous souffler à l’oreille : « fuyez pauvres fous ! »

Agoraphobes, passez donc votre chemin. Cette mégalopole tentaculaire s’étend sur plus de 30km du Nord au Sud et compte + de 20 Millions d’habitants, soit 1/3 de la population française ! Vache !Dans une cacophonie absolument délirante et presque incessante, tout ce petit monde se meut au sein de cette forêt de béton, forçant le passage et jouant sa vie à chaque carrefour comme dans un jeu vidéo où l’on en aurait 99. C’est beau de croire à la réincarnation quand même !
Au milieu de tout ça, dans la rue, sur les trottoirs : une vache esseulée, un barbier, un chien qui flâne, un vendeur de barbapapa fluo, un mini temple, un vendeur de chai (thé noir très sucré mélangé avec du masala dans du lait bouillant : un délice!), deux vendeurs de chai, trois… un mendiant estropié, un balai de femmes en sari multicolores, et surtout des hommes pressés avec un teint de soleil.
Peut-être te dis-tu que c’est caricatural, ou que je n’aime pas trop ce pays. Je te rassures tout de suite, j’adore ce pays rempli de fous, et pour en être un beau spécimen moi-même, je m’y sens comme un poisson dans l’eau. Car l’Inde c’est aussi mille saveurs, mille surprises, des rencontres magiques : avec les gens, avec la Nature, avec la Vie. Tantôt dans un rythme trépidant aussi enlevé qu’un solo de tablas, tantôt dans le songe et l’intimité du cœur des Hommes. Les Indiens sont bien souvent curieux et lient facilement la conversation. Quand aux sujets évoqués : ils sont aussi nombreux que les Dieux Hindous, alors mieux vaut être souple au pays du yoga ! L’Inde c’est tout ça. Si on ne s’y sent pas vivant, c’est qu’on est déjà mort !  
Quand à l’aspect caricatural… je te rassure...rai pas : c’est bien pire en vrai ! Je crois que pour celui qui n’a jamais voyagé, c’est tout bonnement impossible à imaginer. Voilà pourquoi je vais t’aider un peu à découvrir ce riche pays, cette autre planète empreinte malgré tout de tant de beautés et de spiritualité. Aucun office de tourisme au monde n’a mieux résumé son pays que l’Inde : « Incredible India ! »

Sinon quoi de neuf depuis 12 ans et mon dernier passage ici ? C’est simple : la ville se développe et grossit aussi sûrement que le portefeuille des nantis et le fossé qui ne les lie pas aux plus pauvres, l’écrasante majorité. Les plus aisés affichent toujours un même mépris hautain pour la grande majorité invisible du peuple, tout comme pour le voyageur de passage, ce qui est moins grave bien sûr. Le changement le plus significatif est le tsunami écœurant de ces saloperies de smartphones.  Pas désolé pour le gros mot. Ceux-ci rendent les consommateurs, euh pardon, les gens, totalement débiles et intrinsèquement coupés de leurs prochains, de leurs sens… de presque tout en fait. Ici, comme presque partout sur la planète madphone, le selfie est érigé en sport national pour multiplier encore un peu plus les dieux et les porter à bientôt 8 milliards d’abrutis autocentrés.
On va pas se quitter là-dessus quand même hein?! Oui je suis un peu chafouin des fois mais ma parole est libre ou n’est pas. Donc pour finir sur une note + positive, la ville semble faire de vrais efforts par rapports aux déchets et je vois réellement la différence : « clean up Mumbai » et « Don’t waste water » peut-on lire ici et là. La sensibilité écologique gagne ici aussi peu à peu du terrain, dans un pays qui était déjà vegan bien avant ton voisin hypster Belin ;)

"Nous vous souhaitons un joyeux voyage" : c'est plutôt de bonne augure 
Un des très jolis monuments que compte la ville.
Le 1er coucher de soleil d'une longue série (j'aime bien que veux-tu) Le superbe Taj Mahal Palace où je n'ai bizarrement pas pris une chambre.
Le cricket : LE sport national en Inde !  L'université de Mumbai en arrière plan et sa tour de l'horloge.
Mon hôtel. Non je déconne. Un gilet jaune égaré, usé par une trop longue marche. En tous cas, pas sur que la misère soit moins pénible au soleil.
Bouillon de vies. J'adore ! Toc-toc et tuk-tuk : les rickshaws font leur show.
Schkroumpf pose devant l'élégant et coloré Victoria Terminus, VT pour les intimes où je prends mon train dans 3h. Indialand ? 
Les amoureux et leur très long banc public. Si j'ai vu des enfants travailler ?
Non. Je devais regarder mon téléphone au moment là.  Le festival artistique de Kala Ghoda, sous mes fenêtres depuis 10j et ici, dans les jardins du musée CSMVS.
Un hommage à Voir Plus Loin ? Un petit cadeau pour tous les enfants qui me suivent, petits et... grande  Au cas où, oui c'est bien des barbapapas ! 
 
J'ai déjà fait la vanne du gilet jaune, mince ! Il s'agit ici probablement d'un sadhou (du sanskrit साधु sādhu, « ayant atteint son but, homme de bien, saint homme » celui qui a renoncé à la société pour se consacrer à l'objectif de toute vie, selon l'hindouisme, qui est le moksha, la libération de l'illusion (māyā), l'arrêt du cycle des renaissances et la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique. (source : wiki)   
 
"Être au courant" : série Only in India.